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RIP, coalition

Vincent Marissal
La Presse

Après le départ précipité de Stéphane Dion et le retrait de Bob Rae de la course à la direction du Parti libéral du Canada, la marche de Michael Ignatieff vers le poste de chef a fait une autre victime : la coalition PLC-NPD appuyée par le Bloc québécois.

RIP, coalition. Branchée sur le respirateur depuis que la gouverneure générale a accordé à Stephen Harper la prorogation qu'il réclamait la semaine dernière, la coalition ne pourra survivre à l'arrivée de Michael Ignatieff, poussé à la tête des libéraux par un concours de circonstances favorables.

Contrairement à Bob Rae, Michael Ignatieff a exprimé de grandes réserves à l'idée d'allier son parti au NPD de Jack Layton, avec l'appui temporaire du Bloc québécois pour chasser les conservateurs du pouvoir.

M. Ignatieff a été invisible au cours de la dernière fin de semaine, pendant que Stéphane Dion participait à des manifestations pour sauver cette coalition. Il était plutôt occupé à attirer de nouveaux appuis dans son camp et à faire monter la pression pour pousser Stéphane Dion dehors.

La stratégie, accélérée par la pitoyable prestation de Stéphane Dion dans sa vidéo de réplique à Stephen Harper, a finalement porté ses fruits, notamment grâce au ralliement des Dominic LeBlanc, Denis Coderre et autres députés libéraux influents dans le camp de M. Ignatieff.

Exit donc Stéphane Dion et le projet de coalition. Chez les supporters de Michael Ignatieff, on précise que ce dernier ne veut pas prendre le pouvoir de cette façon.

De toute façon, il n'est pas assuré que le NPD et le Bloc allaient tout bonnement accepter de remplacer Stéphane Dion pour Michael Ignatieff à la tête de la coalition.

M. Ignatieff n'est pas nécessairement plus présentable que Stéphane Dion pour les souverainistes, en effet.

Est-ce à dire que nous nous dirigeons nécessairement vers un affrontement aux Communes, fin janvier, et, donc, vers des élections début mars ?

Pas nécessairement. Il est possible que les libéraux tentent plutôt d'en arracher le plus possible à Stephen Harper, question d'éviter un nouvel appel aux urnes.

Le nouveau chef aura besoin de temps pour refaire une santé financière et politique au Parti libéral.

«On verra, mais Stephen Harper a dit qu'il était prêt à parler à l'opposition pour son prochain budget, dit un stratège du clan Ignatieff. On acceptera pas n'importe quoi, à n'importe quel prix, mais personne ne veut des élections et le prochain parti qui en provoquera risque de se faire assommer par la population.»

En travaillant en coulisse, sans coup d'éclat public, Michael Ignatieff est en train de réussir là où il a échoué en 2006 : prendre la tête du PLC.

Son avance au sein du caucus et des instances du parti (présidents d'associations de comtés et anciens candidats battus) était devenue insurmontable, poussant Bob Rae à se retirer. Ce dernier militait pour une élection en bonne et due forme par les membres du parti, mais le temps presse et l'argent se fait rare chez les libéraux.

L'urgence d'avoir un «vrai» chef bien en selle à la rentrée, dans six semaines, a accéléré le mouvement en faveur de Michael Ignatieff.

Un autre facteur a joué contre Bob Rae : le souvenir douloureux du lourd déficit laissé en Ontario par le gouvernement néo-démocrate dont il était le chef, en 1995. Après avoir vu leur majorité fondre comme neige au soleil contre les conservateurs, en octobre dernier, les libéraux ontariens ne veulent surtout pas de Bob Rae.  Encore moins si, comme tous les experts le prédisent, la crise économique s'envenime.

Selon les libéraux partisans de Michael Ignatieff, les sorties récentes de Stephen Harper contre les souverainistes ont coupé les jambes des conservateurs au Québec, ouvrant la porte à un retour pour les libéraux dans certaines circonscriptions plus fédéralistes.

Michael Ignatieff, selon eux, est le mieux placé pour profiter de cette faille puisque c'est au Québec qu'il a obtenu le plus d'appuis en 2006.

L'effondrement de l'ADQ, lundi soir, est une autre bonne nouvelle pour les libéraux, qui voient s'effacer l'axe PCC-ADQ.

Se croyant en meilleure position, les libéraux ne pousseront pas trop en faveur de la coalition échafaudée en vitesse il y a deux semaines.

On revient donc au chacun-pour-soi. Et au-delà de la coalition comme telle, c'est l'idée même d'une union de centre gauche contre la droite unifiée par Stephen Harper qui vient de s'évaporer.




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