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L'adieu d'une délinquante

Hélène Pedneault ne faisait pas dans la dentelle.

C'était une indignée, une engagée enragée, une militante jamais politiquement correcte. Au Québec, peu d'intellectuels savent manier la parole comme elle, avec finesse et conviction. Avec sa disparition, il faudra en compter une de moins.

Écrivaine, féministe, femme de poésie et de théâtre, Hélène Pedneault était une «forte en gueule», une polémiste de la même trempe que Pierre Bourgault. Pas surprenant qu'elle ait trouvé un micro ami chez Marie-France Bazzo à la belle époque d'Indicatif présent.

 

Ses chroniques se déroulaient sensiblement toujours de la même façon: elles commençaient sur le ton de la conversation et se terminaient dans un crescendo d'indignation et de colère. Hélène Pedneault n'a jamais fait dans la demi-mesure.

Heureusement, elle savait aussi être très drôle, sachant sans doute que l'autodérision (qu'elle avait apprise chez Clémence DesRochers, disait-elle) est parfois la meilleure façon de désamorcer des situations explosives. Or dans sa bouche, tout pouvait devenir explosif. Hélène Pedneault prenait peu de choses à la légère.

Ses interventions étaient aussi empreintes d'une immense sensibilité. Quand elle disait: «Le taux d'analphabétisme des Québécois, je l'prends pas!» ou encore «Le taux de suicide des Québécois, je l'prends pas», sa voix tremblait et on sentait qu'elle était sincèrement bouleversée. Car pour «ne pas l'prendre», il faut être quelqu'un qui prend les choses à coeur. Hélène Pedneault était de cette race-là, de ceux qui s'émeuvent, qui se fâchent, qui piquent des colères, qui se réveillent la nuit pour écrire un texte d'opinion.

D'ailleurs, à ses yeux, il n'y avait pas plus sain que la colère pour susciter l'engagement et le changement. Contrairement à bien de ses contemporaines, l'étiquette de «femme en colère» ne lui faisait pas peur.

«Je fais au moins une colère par jour, surtout quand j'écoute les nouvelles ou lis les journaux, écrivait-elle. J'aime la colère. Elle me garde en vie aussi sûrement que l'air, l'eau, l'amour et la littérature.»

Hélène Pednault avait trois combats qui lui étaient particulièrement chers: l'indépendance du Québec, l'eau et le féminisme. Elle était du noyau de La Vie en rose, aux côtés des Émond, Pelletier, Guénette, Dupont, Moisan... Son féminisme était pur et dur, plus militant et plus décapant que celui d'aujourd'hui.

Ses propos m'ont parfois irritée. Sa manière de dire les choses aussi. Je l'ai trouvée intransigeante. Parfois, je trouvais qu'elle parlait trop fort, sachant intérieurement que des voix comme la sienne étaient plus que nécessaires. Je l'ai souvent remerciée silencieusement d'avoir le courage de dire des choses qui heurtent et qui déplaisent. Je l'ai également admirée pour son côté passionné.

De toute façon, Hélène Pedneault se fichait bien de plaire, elle était, point. Sans compromis. Elle le savait trop bien et depuis fort longtemps. N'écrivait-elle pas en 1986, il y a déjà plus de 20 ans: «Je n'ai jamais pu morceler mes sympathies, ni mes antipathies, ni mes affections, ni rien. Ce n'est pas très subtil. Ça aussi, c'est à prendre ou à laisser.»

 




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