C'est étrange. L'ancien partisan des Nordiques que je suis devrait détester Patrick Roy. Pourtant non.

Jean-François Bégin
Jean-François Bégin LA PRESSE

Deux fois, Roy a affronté les Nordiques en séries, en 1987 et en 1993. Deux fois, le Canadien a gagné. Sauf que je me souviens plus du but d'Alain Côté et du truc du chapeau de Paul DiPietro contre Ron Hextall que des performances de Casseau.

Mes souvenirs de Roy sont les mêmes que les vôtres, j'imagine. Le gringalet au torse nu lors du défilé de la rue Sainte-Catherine, en 1986. Le clin d'oeil à Tomas Sandstrom. Les 10 victoires en prolongation lors des séries de 1993 - sûrement l'exploit le plus remarquable de la carrière de Casseau.

 

Je me souviens du triste match contre Detroit qui a marqué la fin des années Roy à Montréal, en décembre 1995. Et de la conférence de presse, télédiffusée en direct, au cours de laquelle le gardien, encadré par les conseillers en image de National, avait répété ad nauseam que les «événements ont mené à la situation», à moins que ce ne soit l'inverse. Palme d'or du festival de l'euphémisme et grand prix de la phrase creuse.

Roy s'est empressé de gagner la Coupe au Colorado. Je n'en ai rien vu. Je faisais encore mon deuil des Nordiques, alors pas question d'appuyer l'Avalanche. Il l'a gagnée de nouveau en 2001 dans une finale que j'ai regardée aux petites heures du matin, depuis l'Angleterre où je vivais alors. Mais je n'avais d'yeux que pour un seul joueur: Raymond Bourque.

Le vrai souvenir que je garde de Patrick Roy, en fait, n'est même pas un souvenir. C'est une histoire qui remonte à 1980 et qui apparaît à la page 87 du Guerrier, la biographie que Michel Roy a consacrée à son fils. L'histoire du jeune Patrick, retranché du camp d'entraînement midget AAA des Gouverneurs de Sainte-Foy, puis retranché du midget CC de Sillery-Cap-Rouge et relégué dans le B par un entraîneur pas très clairvoyant qui avait déjà choisi ses gardiens.

Patrick Roy dans le midget B: c'en était trop. Le jeune homme avait (déjà) sa fierté. Il voulait tout sacrer là. Jusqu'à ce qu'une dame, Huguette Scallon, qui s'adonne à être ma tante, s'arrange pour obtenir sa libération et l'amène jouer dans sa paroisse, Quartier-Laurentien. Elle avait dû promettre à Sillery que le prêt ne durerait qu'une saison - un engagement pas très contraignant car elle se doutait bien que Roy jouerait dans le midget AAA l'année suivante.

L'histoire lui a évidemment donné raison. Et Roy n'a jamais oublié le geste de ma tante. «Sans elle, je ne serais pas ici», avait-il dit devant des centaines d'invités, lors de son party de retraite, il y a cinq ans.

Au fond, c'est probablement pour ça que l'ancien partisan des Nordiques que je suis n'a jamais eu le coeur de détester Patrick Roy: il a souvent eu la grosse tête, mais il a toujours eu l'humilité de se rappeler que sans le coup de pouce d'une mordue de hockey de la banlieue de Québec, sa merveilleuse carrière aurait très bien pu ne jamais avoir lieu.