Le fameux « retour à la normale », on l’attend impatiemment partout –en culture et en sport, dans le réseau de la santé, dans la restauration, dans nos vies en général.

Publié le 13 février

Mais il y a un secteur où il s’est déjà produit : la consommation d’énergie. Et il n’y a pas de quoi célébrer.

La baisse de consommation provoquée par la pandémie s’est en effet complètement effacée, nous apprend la plus récente édition de l’État de l’énergie au Québec, une publication de HEC Montréal1.

Ceux qui espéraient que la COVID-19 ait modifié durablement nos habitudes de vie doivent donc déchanter. Non, le télétravail ne nous amènera pas vers nos cibles de réduction de GES.

Ce dur constat nous ramène (encore) à la case départ. Le Québec n’est pas sur la bonne voie pour atteindre ses objectifs de réduction de GES. Et rien n’est en place pour inverser la tendance.

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Le marché du carbone entre le Québec et la Californie ? C’est sans doute notre outil le plus convaincant dans notre lutte contre les GES. Or, il semble brisé. Et cela suscite des questions très importantes.

En vertu de ce marché, les pollueurs doivent acheter des droits de polluer pour compenser les tonnes de carbone qu’ils émettent. Cela revient à fixer un prix sur le carbone, ce qui a un impact sur les consommateurs. Chaque fois que la tonne de carbone grimpe de 10 $, par exemple, le litre d’essence augmente d’un peu plus de 2 cents. L’argent va grossir le Fonds d’électrification et de changements climatiques, anciennement appelé Fonds vert.

Le problème : le prix reste désespérément bas.

En Europe, cette semaine, le carbone se négociait à 97 euros la tonne, soit 140 dollars canadiens. Au Québec, la dernière enchère a conduit à un prix record de… 35 $. C’est gênant. Et ça pourrait le devenir encore plus.

Selon l’expert en énergie Pierre-Olivier Pineau, l’un des auteurs du rapport, la hausse qu’on anticipait sur le marché québéco-californien ne se produira pas de façon significative d’ici la fin de la décennie. Pourquoi ? Essentiellement parce que les gouvernements ont inondé le marché de droits de polluer. Les entreprises n’en manquent donc pas, et les prix restent bas.

Les investisseurs semblent s’attendre à la même chose. Pour 2026, le droit d’émettre une tonne de carbone se négocie actuellement à environ 45 $ sur le marché québécois. C’est très peu. Et cela place le Québec dans une drôle de position.

Justin Trudeau a imposé un prix du carbone aux provinces qui n’en ont pas fixé elles-mêmes. Dès le 1er avril prochain, ce prix atteindra 50 $ la tonne. Son augmentation est régulière et fixée par la loi, si bien qu’il atteindra 110 $ en 2026.

Tout indique donc qu’on se dirige vers une situation où le prix du carbone au Québec sera nettement plus faible que celui du fédéral… lui-même jugé insuffisant par les experts.

Le Québec se targue d’être un leader en environnement. Et il est vrai qu’il a été un précurseur avec son marché du carbone. Sauf que si cet outil est brisé, il faut d’urgence le réparer.

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Le rapport de HEC Montréal nous apprend aussi que malgré l’engouement de nos politiciens pour l’hydrogène vert, notre salut ne passera pas par là. Les auteurs constatent que sa fabrication entraîne des pertes énergétiques colossales et que son utilisation à grande échelle « pose un défi tant sur le plan énergétique qu’économique ».

Bref, aucune solution magique n’apparaît à l’horizon.

Pendant ce temps, le bilan du secteur des transports, le plus gros pollueur du Québec, continue d’être plombé par notre appétit insatiable pour les VUS et les camionnettes. De 1990 à 2019, la part de marché des camions a explosé de 228 % au Québec. Pendant ce temps, celle des voitures s’effondrait de 67 %.

Le fait qu’on regarde une telle tendance empirer depuis des années sans réagir par des mesures vigoureuses (taxe spéciale sur les gros véhicules ? Encadrement de la publicité ?) est une immense abdication.

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Devant un tel portrait, il ne faut pas s’étonner que de jeunes Québécois se tournent maintenant vers… les tribunaux pour exiger de l’action. Cette semaine, le groupe Environnement Jeunesse a déposé une demande d’audience devant la Cour suprême.

L’organisation veut déposer une action collective contre le gouvernement du Canada au nom de tous les Québécois de 35 ans ou moins. Elle allègue que l’inaction gouvernementale viole leurs droits à la vie, à la sécurité et à l’égalité, ainsi que leur droit de vivre dans un environnement sain, tels qu’ils sont inscrits dans les chartes des droits et libertés.

On aurait tort de ne pas prendre ces démarches au sérieux. Certes, elles ont déjà été rejetées par la Cour supérieure et la Cour d’appel du Québec. Mais en Allemagne et aux Pays-Bas, les instigateurs de telles poursuites ont eu gain de cause.

Elles sont en tout cas le symptôme d’une immobilité exposée rapport après rapport. Et qui, chaque fois, devient plus difficile à justifier.

1. Consultez l’État de l’énergie au Québec