Personne ne va s’ennuyer de la Caisse de dépôt et placement du Québec dans le dossier du REM de l’Est, après qu’elle eut abandonné sa prétention de le construire « dans les temps et dans les budgets », comme elle le soutenait à l’époque où on lui a confié le REM de l’Ouest.

Publié le 8 mai

Personne ne va s’ennuyer de son attitude coloniale envers les citoyens des quartiers concernés quand ils avaient l’outrecuidance de se pointer aux assemblées de consultation pour remettre en question des projets où tout était décidé d’avance.

Personne ne va s’ennuyer de son PDG qui a eu l’immense courage de jeter le blâme sur la mairesse de Montréal, vu qu’il ne pouvait quand même pas critiquer son patron, le premier ministre.

On ne s’ennuiera même pas du nom REM de l’Est qu’on ne pourrait pas employer parce que c’est une marque déposée. Plus mesquin que ça...

Dans tout ce dossier, la Caisse a été une très mauvaise entreprise citoyenne et elle devra travailler fort pour retrouver sa réputation. Sa façon de tout présenter comme un « à prendre ou à laisser » alors qu’on veut construire et exploiter un service public aurait exigé une certaine souplesse.

Mais maintenant que la Caisse s’est retirée du projet, il faut réussir le REM. Et ce ne sera pas nécessairement simple avec une table de quatre partenaires (STM, ARTM, MTQ et la Ville) qui ont l’avantage de parler le même langage, mais qui ont aussi la fâcheuse réputation d’avancer trop lentement.

Cela dit, il serait injuste de leur imputer les retards dans les projets du SRB Pie-IX ou de la ligne bleue du métro. Ces retards sont dus au manque de volonté politique du gouvernement du Québec, qui a eu tendance à tout arrêter chaque fois qu’il y a eu changement de parti au pouvoir.

La première condition pour réussir le REM, c’est d’écouter plutôt que de tenir des consultations bidon avec les citoyens. Et de jouer cartes sur la table au lieu de leur mentir comme le faisait la Caisse. Tout le monde se souvient des édifices du centre-ville qui allaient s’effondrer et de la promesse que le train de Deux-Montagnes ne s’arrêterait que pour quelques fins de semaine...

Il y a encore des doléances sur le tracé, et il faudra écouter les citoyens, en particulier dans le secteur Souligny-Mercier Est. Il faudra aussi donner des assurances fermes qu’on va préserver le parc Morgan.

Mais aussi, il faut – sans tout reprendre à zéro – se demander si un tracé au sol ne serait pas une meilleure solution. Plus simple à construire et à moindre coût que le train aérien sur pilotis qu’exigeait la technologie retenue par la Caisse. On n’a qu’à voir dans l’Ouest pour constater la cicatrice urbaine qu’un train en hauteur va provoquer.

Il suffit d’aller en Europe, et particulièrement en France, pour voir combien l’arrivée d’un tramway est devenue une solution autant aux problèmes de mobilité que d’environnement. La Caisse a toujours refusé de considérer cette solution, mais on pourrait certainement lui donner une autre chance sans que cela cause des délais indus.

Il faut aussi faire tout ce qui a été promis par M. Legault et Mme Plante au cours de leur point de presse de lundi dernier. En particulier, la modernisation de la ligne verte, qui permettra l’augmentation de la fréquence des trains. Le métro de Montréal a plus de 50 ans, il a besoin d’amour, et pas seulement sur la ligne verte.

D’autant que les solutions qu’on mettra de l’avant pour augmenter la fréquence sur la ligne verte pourront aussi être utilisées sur la ligne orange qui en a encore plus besoin.

Il est heureux que le premier ministre et la mairesse aient déjà fait savoir que les pouvoirs donnés à la Caisse, en particulier en matière d’expropriation, seront maintenus. Il faudrait se demander si ces pouvoirs ne devraient pas être rendus disponibles à la STM pour le prolongement de la ligne bleue du métro. C’est l’une des raisons pour lesquelles celle-ci avance si lentement.

Enfin, il faut définitivement mettre au rancart le modèle d’affaires qui a causé la perte de la Caisse de dépôt dans ce dossier. L’important, c’est de construire un réseau structurant de transport en commun pour les citoyens de l’Est. Ce n’est pas d’avoir un rendement de l’investissement fixé d’avance.

C’est ce modèle d’affaires qui exigeait des trains automatisés sans conducteur et donc en hauteur. C’est ce modèle d’affaires qui faisait que la Caisse a toujours refusé de considérer sérieusement l’idée d’enfouir le REM au centre-ville, quitte à défigurer le boulevard René-Lévesque. Ce qui aurait été, et Mme Plante a raison de le dire, « une erreur historique ».

Il reste maintenant à garder et à construire les bons aspects du projet. Avec beaucoup de volonté politique, ce ne devrait pas être trop compliqué.

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