Le président de la République française, Emmanuel Macron, a annoncé qu’il serait sur le bulletin de vote à l’élection du mois prochain à la veille de la fin de la période des mises en candidature. Par une simple lettre destinée aux journaux régionaux.

Publié le 6 mars

Encore un peu et il disait : « Oui, je serai candidat, mais j’ai autre chose à faire. » Il est d’ailleurs le seul candidat majeur à ne pas avoir tenu de grand rassemblement devant des milliers de partisans, pourtant un passage normalement obligé pour tout candidat qui se respecte.

Évidemment, la guerre d’agression que mène la Russie contre l’Ukraine et le rôle diplomatique important qu’y joue le président français justifient ce manque d’intérêt pour la campagne électorale. « Bien sûr, je ne pourrai pas mener campagne comme je l’aurais souhaité en raison du contexte », écrit-il dans sa lettre.

C’est la grande crainte de tous les opposants à Emmanuel Macron, soit que la campagne électorale – qui commencera officiellement le 28 mars – se déroule sans véritable débat et avec un président sortant qui voudra surfer sur les affaires internationales plutôt qu’électorales.

Ce contexte favorise clairement M. Macron. Il a passé le plus clair de ses énergies, ces dernières semaines, à devenir l’interlocuteur occidental privilégié de Vladimir Poutine. Encore ce jeudi, il a passé 90 minutes au téléphone avec le président russe. Un appel proposé par Poutine, a tenu à spécifier l’Élysée.

Mais pendant que le président Macron s’occupe des affaires internationales, les autres candidats sont déjà en campagne électorale depuis des mois dans un contexte bouleversé par le conflit en Ukraine. Ainsi, M. Macron se retrouve maintenant près de la barre des 30 % au premier tour – ce qui est un bon score – une hausse de plus de quatre points en une semaine.

En fait, l’invasion russe joue de mauvais tours à certains candidats. Il y a encore 10 jours, les deux candidats d’extrême droite, Marine Le Pen et le polémiste Éric Zemmour, trouvaient payant de dire du bien de Vladimir Poutine.

Ainsi, Mme Le Pen avait fait tirer à 1,2 million d’exemplaires un tract électoral dans lequel elle posait fièrement avec Poutine. Cette semaine, ce tract fut discrètement envoyé au pilon. Quant à M. Zemmour, il ne parle plus de son intention d’être une sorte de « Poutine français ». Malheureusement pour lui, ses déclarations passées avaient déjà été immortalisées sur YouTube.

PHOTO STÉPHANE DE SAKUTIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Éric Zemmour et Marine Le Pen, assis côte à côte, lors d’une réunion de suivi sur la situation en Ukraine, à laquelle le premier ministre Jean Castex a convié les candidats à la présidentielle, à Matignon, à Paris, le 28 février.

Les deux candidats de l’extrême droite veulent aussi faire sortir la France du commandement intégré de l’OTAN, comme l’avait fait le général de Gaulle en 1966. Ce qui, dans les circonstances actuelles, semble moins urgent.

Cela dit, l’extrême droite est en croissance en France. Si les candidats Le Pen et Zemmour unissaient leurs voix, ils obtiendraient plus de 30 % et pourraient finir en tête du premier tour.

Mais les mêmes sondages indiquent aussi que M. Macron se dirige vers une réélection assez facile, encore qu’avec un score moins intéressant qu’il y a cinq ans. Il est de plus en plus probable qu’il retrouvera Marine Le Pen au second tour, comme il y a cinq ans. Mais cette fois la victoire de M. Macron devrait être plus serrée, soit autour de 56 % des voix contre 66 % en 2017.

Lors de l’élection de 2017, M. Macron avait, en quelque sorte, fait exploser la droite traditionnelle. Son candidat, François Fillon, était rejoint par toutes sortes d’affaires d’éthique et finissait au troisième rang avec 20 % des voix, le plus mauvais score d’un candidat se réclamant du gaullisme.

La candidate des Républicains, le parti gaulliste, devrait faire encore moins bien. Valérie Pécresse semble n’aller nulle part. Depuis sa nomination comme candidate officielle, elle semble en chute libre et se loge maintenant sous la barre des 15 %.

Mais si ça ne va toujours pas bien dans la droite traditionnelle, M. Macron semble maintenant en voie de faire exploser la gauche traditionnelle. La candidate socialiste, Anne Hidalgo, mairesse de Paris, ne recueille que 2 % des voix dans les sondages, moins que le candidat du Parti communiste, Fabien Roussel.

Un communiste qui fait dans la nostalgie. Son slogan de campagne vante le retour de la France « des jours heureux » et il décrit la civilisation française comme « une bonne viande, un bon vin et un bon fromage ».

Dire qu’il y a cinq ans aujourd’hui, c’était encore le socialiste François Hollande qui occupait l’Élysée et que c’est pendant son mandat qu’un jeune Emmanuel Macron avait été nommé ministre…

Aujourd’hui, le plus grand parti de gauche s’appelle La France insoumise, mais son candidat, Jean-Luc Mélanchon, semble en voie de faire la moitié moins que les surprenants 20 % qu’il avait obtenus en 2017.

Mais à cinq semaines du premier tour de la présidentielle, les Français savent qu’ils pourront aller voter. Mais ils ne peuvent être certains que ce sera l’occasion d’un véritable débat.