Marc-André Lussier LA PRESSE

Dans The Hoax, Richard Gere prête ses traits à un auteur qui, dans les années 70, a failli réussir ce qui aurait pu être l'un des plus grands canulars de l'histoire de l'édition : une biographie officielle de l'énigmatique milliardaire Howard Hughes.

Au début des années 70, un auteur peu connu, Clifford Irving, a convaincu les bonzes de l'une des plus prestigieuses maisons d'édition américaines qu'il avait en main les atouts pour leur livrer un bouquin exceptionnel. Irving comptait en effet coucher sur papier les confidences que le milliardaire Howard Hughes lui aurait faites au cours d'interviews inédites.

Compte tenu de la personnalité du personnage et de l'importance du magnat dans le monde des transports et des médias, compte tenu aussi du fait que Hughes n'avait alors pas donné publiquement signe de vie depuis des années, le projet a suscité l'enthousiasme.

Les vérifications effectuées par l'éditeur afin d'authentifier les entretiens ayant été assez concluantes, du moins aux yeux de ceux qui étaient mandatés pour corroborer les prétentions de l'auteur, un contrat d'une valeur de 1 million de dollars fut signé. À l'époque, il s'agissait d'une somme astronomique.

Seulement voilà. Au moment où la fameuse biographie s'apprête à garnir les rayons des librairies, Howard Hughes, pour une première fois en 10 ans, rompt publiquement le silence. Tout cela, dit-il, est bidon. L'aspect frauduleux de toute l'entreprise est alors mis en évidence. L'affaire est si énorme qu'Irving se retrouve même à la une du Time Magazine, coiffé du titre «Con Man of the Year!» (« L'escroc de l'année!»).

Plus de 35 ans plus tard, l'affaire inspire The Hoax, un film de Lasse Hallström (The Cider House Rules, Chocolat) qui, disent en choeur les artisans, ne constitue pas vraiment une biographie de Clifford Irving. Le scénariste William Wheeler, le seul à avoir rencontré l'auteur du canular en personne, affirme que le souvenir qu'a gardé Clifford Irving de ces événements change même assez souvent au fil des ans. Le point de départ était toutefois assez intrigant pour élaborer l'histoire d'un homme qui, encouragé par ses réussites, pousse le mensonge jusque dans ses derniers retranchements.

Lasse Hallström vivait dans sa Suède natale à l'époque. Lui qui, jusqu'à la lecture de ce scénario, n'avait jamais entendu parler de cette histoire, a tout de suite pensé à Richard Gere pour incarner l'escroc.

« Je connais Richard personnellement depuis qu'il a tourné Mr. Jones avec Lena Olin, ma femme, expliquait le cinéaste au cours d'une conférence téléphonique. Nous tentions de trouver un projet commun depuis fort longtemps. Là, l'occasion s'est enfin présentée. En tant qu'acteur, Richard n'a peur de rien. Il s'adapte bien aux décisions spontanées que nous pouvons prendre, et sa souplesse s'insère très bien dans ma démarche. Comme le jeu des acteurs est au centre de mon travail, le tournage fut magnifique.»

À vrai dire, Hallström estime même que The Hoax fait partie de ce qu'il a fait de mieux. «Il s'agit en tout cas d'un film qui est plus près de ma nature. Le ton de la comédie dramatique m'a rappelé mes premiers films suédois.»

Une vraie composition

Richard Gere, qui n'a guère beaucoup tourné depuis Chicago, a, de son côté, sauté sur l'occasion pour se glisser dans la peau d'un personnage qui lui permettait de dessiner une vraie composition.

«Il n'était pas question pour moi de chercher à rencontrer le vrai Clifford Irving car ce film n'est pas sa biographie, expliquait-il lors d'une rencontre de presse tenue récemment à Los Angeles. Je ne voulais être influencé d'aucune manière. À mon avis, ce personnage est un manipulateur de grande envergure et son parcours est fascinant.»

Gere a toutefois emprunté au vrai Irving son look. Il s'est aussi repassé en boucle une interview télévisée que l'auteur du canular avait accordée à la prestigieuse émission d'affaires publiques 60 Minutes avant que le pot aux roses ne soit découvert.

«J'ai revu cette interview de nombreuses fois et je suis toujours aussi troublé quand je la regarde. Voilà un type qui ment. Mais à force de construire son mensonge d'une manière qui soit crédible, il en vient peu à peu à faire de son fantasme une réalité.»

Aussi Gere apparente-t-il la démarche de l'escroc à celle d'un «performer». Il évoque notamment la recherche d'un artiste qui aurait le projet de pousser sa «performance» jusqu'au bout, seulement pour voir jusqu'où tout cela peut le mener. Bien entendu, une telle démarche comporte de grands risques.

«Pour l'acteur que je suis, jouer la notion de transfert était intéressant, ajoute Gere. Sans même ne l'avoir jamais rencontré, Clifford est peu à peu devenu Howard Hughes. À force de l'étudier, il en avait emprunté les traits de personnalité.»

The Hoax met aussi en vedette Alfred Molina, avec qui Gere a beaucoup improvisé sur le plateau, de même que Marcia Gay Harden et Julie Delpy. Cette dernière interprète Nina Van Pallandt, qui fut un temps la maîtresse d'Irving.

Ironie du sort, cette baronne d'origine danoise a aussi été actrice au cinéma, donnant notamment la réplique à Richard Gere dans American Gigolo de Paul Schrader en 1980.

«Au moment où nous avons travaillé ensemble Nina et moi, cinq ans s'étaient écoulés depuis l'affaire Irving, rappelle Gere. Je me souviens lui avoir posé quelques questions sur le sujet mais elle ne voulait pas en discuter. Je n'ai évidemment pas insisté. J'étais très loin de me douter à l'époque que j'aurais, un jour, à jouer une histoire dont elle a fait partie.»

The Hoax prend l'affiche le 6 avril en version originale anglaise seulement.



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