Anabelle Nicoud LA PRESSE

Yeux de biche et visage enfantin, Audrey Dana prête ses traits à Huguette, héroïne de Roman de gare, le dernier-né de Claude Lelouch. Midinette, fumeuse de cigarettes, coiffeuse, Huguette se retrouve larguée «comme un paquet de merde» par son fiancé, sur une aire d'autoroute. Elle va y rencontrer l'homme qui va changer sa vie (Dominique Pinon).

Dans la vraie vie, l'homme qui a changé sa vie, c'est le cinéaste Claude Lelouch. Comédienne de théâtre, Audrey Dana a fait ses débuts au grand écran dans un film qu'a produit le cinéaste, Nos amis les terriens. Présenté en ouverture du FFM l'an dernier, le long métrage de Bernard Werber, esquinté par la critique lors de sa sortie en France, n'a jamais pris l'affiche au Québec.

Pendant le tournage de Nos amis les terriens, Audrey Dana s'est fait remarquer par Claude Lelouch. «Je l'ai trouvée formidable», se souvient le réalisateur. Audrey Dana a aussitôt été embauchée pour Roman de gare, pour interpréter Huguette, une coiffeuse dont on ne sait si elle est shampouineuse ou pute.

Dans le film, Huguette en voit de toutes les couleurs. Parce qu'elle fume, râle, rouspète, son fiancé la lâche au beau milieu de la nuit, sur l'autoroute reliant Paris et la Bourgogne. C'est le début d'une série de crises de nerfs et de crises de larmes.

«J'ai pris plaisir à jouer toutes les scènes, mais je les ai trouvées difficiles, raconte Audrey Dana. La grande difficulté, c'est d'aller chercher des émotions aussi brutes. Elle s'étouffe dans sa colère, mais s'enfonce aussi. Elle n'a pas d'issue.»

«Huguette est représentative du monde dans lequel on vit. Elle est pleine de paradoxes. C'est la plus fragile des femmes, qui sait aussi être forte. Elle fait n'importe quoi. Je trouve qu'on est beaucoup comme ça aujourd'hui. Les gonzesses, plus ça va, plus on devient des mecs. Moi-même je me perds dans mes propres paradoxes, même si, contrairement à Huguette, j'ai une passion», dit Audrey Dana.

Les offres se multiplient

La passion d'Audrey Dana, c'est le jeu. À peine sortie d'un conservatoire de théâtre en banlieue parisienne, la jeune Franco-Américaine s'envole vers New York. Dans la métropole américaine, elle fonde sa propre troupe, s'éloigne de la scène.

De retour en France, elle enchaîne les rôles au théâtre, faisant même quelques apparitions à la télé. «La télé française, elle pue vraiment du cul, dit-elle toutefois, dans une verve proche de celle d'Huguette. Il y avait beaucoup de choses qu'on me proposait et que je ne voulais pas faire.»

Depuis son passage, très remarqué, chez Lelouch, Audrey Dana se voit offrir plus de rôles, au cinéma notamment. Elle tournera chez Michèle Rosier et de nouveau chez Claude Lelouch. «Maintenant, on sait qui je suis. On sait aussi que j'en ai dans le pantalon», se félicite la jeune femme.