Normand Provencher LE SOLEIL

Même s'il connaissait les bouquins de l'écrivain Stieg Larsson, ce n'est qu'après avoir décroché le rôle du journaliste d'enquête Mikael Blomkvist que Michael Nyquist a plongé dans la trilogie Millenium. Et comme 10 millions d'autres lecteurs, il a lui aussi a été conquis.


«Ce n'est pas du commercial junk comme Le Code Da Vinci...», avoue l'acteur de 48 ans, de passage à Cannes, en début de semaine, à l'occasion d'une tournée de promotion de la désormais célèbre trilogie, dont le premier volet (Les hommes qui n'aimaient pas les fem-mes) prend l'affiche au Québec la semaine prochaine.

Nyquist est un acteur inconnu de ce côté-ci de l'Atlantique même s'il roule sa bosse dans le métier depuis plus de 25 ans. Une carrière qui s'est déroulée essentiellement en Suède, mais avec un séjour en Saskatchewan, il y a longtemps, pour un tournage. À n'en pas douter, sa notoriété nord-américaine ne tardera pas à monter de quelques crans.

S'il savait peu de son oeuvre littéraire, en revanche, l'acteur se souvient d'avoir assisté à une pièce de Larsson portant sur l'Holocauste. Il avait été soufflé par la façon dont l'auteur abordait la montée de l'extrême droite en Suède, à l'époque de la Seconde Guerre mondiale, et des accointances de son pays avec le nazisme. «Il existe encore une grande culpabilité là-dessus. Personne ne veut en parler.»

À son avis, le succès phénoménal de Millenium s'expliquerait justement par la façon dont Larsson confronte la Suède à ses propres tabous. Les livres ont forcé ses compatriotes à s'analyser en profondeur, croit-il.

«Dans l'une des plus belles démocraties au monde, des journalistes ont fait la preuve de l'existence d'une police secrète dans les années 70. Une sorte de Stasi (police secrète est-allemande) qui espionnait les mouvements de gauche, de droite, un peu tout le monde. Ç'a été un choc, un immense traumatisme pour toute la société suédoise.»

De l'avis de Nyquist, la trame de fond de Millenium fait également écho à l'assassinat, jamais élucidé, de l'ex-premier ministre Olof Palme, en février 1986. Complot du complexe militaro-industriel ou de l'extrême droite, implication des services secrets sud-africains, acte isolé d'un psychopathe, les explications abondent. «Il existe neuf millions de théories en Suède sur ce meurtre. C'est notre JFK à nous.»

Changer la société

Au-delà des malaises souterrains de la société suédoise, croit-il, le phénomène Millenium ailleurs dans le monde tient à la densité de ses personnages et au style d'écriture de Larsson. «Ce sont des personnages très bien écrits. Blomkvist et Lisbeth ne peuvent compter que sur des outils assez simples, un stylo et un ordinateur, pour résoudre une intrigue faite de corruption et d'injustice. Tout le monde rêve de changer la société avec si peu de moyens. Et d'une page à l'autre, on ne sait jamais ce qui va se passer.»

Nyquist savait que sauter dans l'aventure Millenium était un peu casse-gueule. «Chaque lecteur a son propre Michael Blomkvist en tête. C'était difficile de ne pas y penser tout au long du tournage. C'est un personnage toujours en développement. C'était un grand défi. Il ne fallait surtout pas le rendre ennuyeux...»

Le comédien renvoie à un film de David Lynch pour mieux comprendre. «Vous avez vu Elephant Man? Je me compare un peu au médecin anglais (joué par Anthony Hopkins). Comme lui, le spectateur voit l'histoire à travers les yeux de mon personnage.»