Nous avons demandé à Louise Portal de commenter 10 des films dans lesquels elle a joué.

Publié le 3 juin
Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

Taureau (1973)

Scénario et réalisation : Clément Perron

Dans un village de la Beauce, un « simple d’esprit » est en butte à l’hostilité des habitants. Louise Portal y campe la fille de la prostituée du village. Avec André Melançon, Monique Lepage et Michèle Magny. « Ce tournage fut extrêmement important pour moi parce qu’il m’a révélé ce qu’était le cinéma. J’avais 22 ans. La suite a cependant été difficile à gérer parce que, comme j’y apparais nue, c’est ce que certains ont retenu de ce film qui, pourtant, était tellement plus que ça, et qui était rough. J’ai pratiquement tout refusé. À cette époque, ma volonté, déjà, était de faire du cinéma jusqu’à mon plus vieil âge. Je ne voulais pas aller me brûler dans des films qui ne m’intéressaient pas. J’adore la chanson thème [Viens sur le pont couvert], chantée par Emmanuelle. »

Bande-annonce fournie par Éléphant – Mémoire du cinéma québécois

Cordélia (1980)

Scénario : Jean Beaudin et Marcel Sabourin
Réalisation : Jean Beaudin

À la fin du XIXe siècle, le meurtre d’un menuisier de village est imputé à sa femme ainsi qu’à un employé du couple. Avec Louise Portal, Gaston Lepage et Raymond Cloutier. « J’avais lu Une lampe dans la fenêtre [Pauline Cadieux], inspiré d’une histoire vraie, et j’avais entendu dire que Jean Beaudin recevait plusieurs actrices en audition. Je lui ai alors téléphoné moi-même parce que je sentais viscéralement que ce rôle était pour moi. Puisque les producteurs avaient une autre actrice en tête, j’ai cependant dû attendre un gros mois avant d’avoir des nouvelles. Jean Beaudin m’a finalement rappelée en disant : “Bonjour, Cordélia !” C’est comme ça que j’ai appris que j’avais eu le rôle. Je me suis préparée comme jamais. Je vivais à la lampe à l’huile, je ne faisais plus l’amour, je m’habillais en robe longue, je voulais rentrer dans l’esprit de cette femme d’une autre époque. J’ai une grande passion pour ce personnage et il m’a d’ailleurs fallu beaucoup de temps pour décrocher après le tournage. »

Bande-annonce fournie par Éléphant – Mémoire du cinéma québécois

Le déclin de l’empire américain (1986) / Les invasions barbares (2003)

Scénario et réalisation : Denys Arcand

À la faveur d’un repas à la campagne, des universitaires remettent en question leur vie sentimentale. Ils se retrouveront 15 ans plus tard. Avec Rémy Girard, Dominique Michel et Pierre Curzi. « Ces films occupent évidemment une place à part. Non seulement Le déclin m’a offert un passeport pour l’international, mais il m’a aussi donné l’occasion de reprendre le même rôle 17 ans plus tard. C’est unique. J’ai toujours trouvé Denys [Arcand], que j’adore, visionnaire. Il a parlé dans ses films de choses sociales bien avant qu’elles se retrouvent dans l’actualité. Ce rôle de Diane, c’est un cadeau. D’autant qu’au départ, il était destiné à une autre actrice, mais Denys me l’a offert après avoir fait passer une audition. Je garde de beaux souvenirs de notre passage au Festival de Cannes, où j’ai eu beaucoup de plaisir, d’autant que Dominique [Michel] était ma cochambreuse ! »

Mes meilleurs copains (1989)

Scénario : Christian Clavier et Jean-Marie Poiré
Réalisation : Jean-Marie Poiré

Réunis le temps d’un week-end, cinq hommes se remémorent leur jeunesse passée aux côtés d’une rockeuse québécoise, maintenant en tournée en France. Avec Christian Clavier, Gérard Lanvin et Jean-Pierre Bacri. « Au départ, c’est Pat Benatar qu’ils voulaient ! Ils ont ensuite pensé à Diane Dufresne. À cette époque, je faisais aussi beaucoup de musique et c’est à la suite d’une rencontre à Montréal, où je m’étais présentée en rockeuse, que j’ai finalement eu le rôle. En France, Mes meilleurs copains est vraiment devenu un film culte et il m’est arrivé de croiser par hasard de jeunes Français en Gaspésie qui pouvaient réciter les répliques du film par cœur ! Je suis restée très proche de Jean-Marie [Poiré]. Je me suis aussi très bien entendue avec Christian [Clavier]. Ils ont vraiment été gentils et bienveillants avec moi. »

Sous-sol (1996)

Scénario et réalisation : Pierre Gang

PHOTO FOURNIE PAR LA CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE

Louise Portal dans Sous-sol, film de Pierre Gang

Depuis la mort de son père, en pleine nuit d’ébats amoureux, un adolescent refuse de grandir, prisonnier de sa peur du sexe. Avec Richard Moffatt, Louise Portal et Isabelle Pasco. « Pierre Gang a écrit ce personnage de mère en pensant à moi, je crois. Je me souviens qu’il m’avait appelée pour me demander si j’acceptais de lire son scénario. Quand je l’ai reçu, j’ai tout de suite été attirée par le dessin de la page couverture, chose plutôt rare. J’ai beaucoup aimé cette attention. Il s’est vraiment passé de belles choses sur ce tournage. Tous les matins, Pierre venait me voir dans ma loge et on choisissait les bijoux de Reine. Ce rôle de mère est magnifique et puissant. J’en garde un très beau souvenir. »

Full Blast (1999)

Scénario : Nathalie Loubeyre et Rodrigue Jean
Réalisation : Rodrigue Jean

PHOTO FOURNIE PAR K FILMS AMÉRIQUE

Louise Portal dans Full Blast, premier long métrage de Rodrigue Jean

La dérive existentielle et affective d’une poignée d’amis vivotant dans un village côtier du Nouveau-Brunswick. Avec David La Haye, Martin Desgagné et Louise Portal. « C’est drôle parce que même si nous n’avons pas vraiment de scènes à jouer ensemble dans ce film, j’ai retrouvé Patrice Godin, qui a joué son premier rôle au cinéma dans Sous-sol. Je garde aussi un très beau souvenir de ce film et du tournage au Nouveau-Brunswick. Et puis, il s’agissait du tout premier long métrage de Rodrigue Jean, un cinéaste très talentueux. Je crois qu’il était heureux de ma présence parce que le fait d’avoir une actrice plus connue dans son film lui a permis d’aller chercher un peu de financement. »

Vers le sud (2005)

Scénario : Robin Campillo et Laurent Cantet
Réalisation : Laurent Cantet

À la fin des années 1970 à Haïti, des touristes d’âge mûr se disputent les faveurs d’un jeune prostitué. Avec Charlotte Rampling, Karen Young et Louise Portal. « Les parents de Laurent Cantet faisaient de l’aide humanitaire en Haïti et c’est après avoir lu le roman de Dany Laferrière, qu’il avait acheté à l’aéroport, qu’il a décidé de le porter à l’écran. Le tournage fut assez épique parce qu’une partie a eu lieu en Haïti et ça pouvait être dangereux. Ma partie a cependant été entièrement tournée en République dominicaine. La particularité de Vers le sud est que nous sommes trois actrices dans une distribution composée entièrement de non-professionnels. J’aime cette dynamique parce qu’elle t’oblige à vivre dans l’émotion et au rythme du vrai monde. La rencontre avec Charlotte [Rampling] fut aussi très belle. »

Le bonheur des autres (2011)

Scénario et réalisation : Jean-Philippe Pearson

En annonçant qu’il attend un bébé avec sa jeune compagne, un homme froisse sa fille, qui désespère d’avoir un enfant, et son ex-femme, qu’il a abandonnée 20 ans plus tôt. Avec Michel Barrette, Julie Le Breton et Louise Portal. « Ce film est formidable, mais la mise en marché n’était pas tout à fait arrimée avec le sujet. Je trouve ça dommage quand de bons films ne parviennent pas à rejoindre le public à cause d’une mise en marché mal ciblée. Elle était beaucoup axée sur les deux personnages masculins, même si ça n’était pas tout à fait ça. Quand on commence un tournage, on ne sait jamais dans quelle aventure on embarque. C’est un voyage qu’on fait. Le cinéma m’a appris que l’important dans un film n’est pas le résultat, mais le processus. Dans le cas du Bonheur des autres, j’ai beaucoup aimé travailler avec Jean-Philippe [Pearson] et l’équipe de comédiens. »

Les loups (2015)

Scénario et réalisation : Sophie Deraspe

Une étudiante montréalaise débarque dans une île de l’Atlantique Nord, où elle suscite la méfiance de la matriarche, à la tête de l’industrie de la chasse au loup marin. Avec Evelyne Brochu, Louise Portal et Benoît Gouin. « Le rôle de Maria, qu’on ne voit pas tant à l’écran, a été aussi important pour moi que celui de Cordélia. Avec Sophie Deraspe, j’ai vécu une expérience extraordinaire. J’étais déjà allée aux Îles-de-la-Madeleine deux ou trois fois, mais là, nous avons vécu avec les gens, on a joué avec eux. Sophie sait exactement ce qu’elle veut, mais elle laisse aussi aux acteurs un bel espace de liberté. Sa vision de cinéaste est très intéressante et nous avions un excellent rapport. Je souhaite vivement retravailler avec elle. »

Paul à Québec (2015)

Scénario : François Bouvier et Michel Rabagliati
Réalisation : François Bouvier

En 1999, en banlieue de Québec, un imprimeur et aspirant dessinateur assiste au lent déclin de son beau-père, atteint d’un cancer du pancréas. Avec François Létourneau, Gilbert Sicotte et Julie Le Breton. « Ce film correspond pour moi à l’acceptation de l’âge, à mes cheveux blancs. La première chose qui me vient à l’esprit en pensant à Paul à Québec est François Bouvier, que j’adore, un être délicat, sensible, talentueux. Je suis très émue en parlant de lui parce que François m’a donné la chance d’avoir à l’écran les enfants et les petits-enfants que je n’ai pas eus. La vingtaine de jours passés avec toute cette belle gang fut un bonheur. J’ai aussi connu François Létourneau sur ce plateau et ce fut pour moi une révélation. Et puis, Gilbert [Sicotte], que j’aime beaucoup aussi, a souvent été présent – et important – dans mon parcours. »

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