Au terme de ses études à la London Film School, le Montréalais Bertrand Desrochers s’est fait plusieurs amis avec qui il signe un premier long métrage, A Brixton Tale, présenté au festival Slamdance jusqu’au 25 février (slamdance.doc). Campé à Londres, ce drame social coréalisé avec Darragh Carey évoque le choc des classes et les dangers des technologies de communication. Entrevue.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Quelle est l’essence de ce film ?

A Brixton Tale touche beaucoup de thématiques. La société anglaise en est une de classes. Et c’est assez flagrant dans le quartier londonien de Brixton. Des gens très riches et très modestes peuvent habiter littéralement l’un en face de l’autre. Cela a marqué les scénaristes qui ont écrit une histoire d’amour croisée entre une fille de la haute société et un garçon d’un milieu ouvrier et immigrant. En fin de compte, on réalise que notre origine sociale détermine un peu notre destinée.

L’Angleterre est le paradis des caméras de surveillance. Ça se reflète dans le personnage de Leah, qui filme tout. Doit-on y voir le thème du voyeurisme ?

Clairement ! Un de nos producteurs venait des HLM du quartier. Au fil des discussions sur le processus créatif, la question des caméras de surveillance s’est imposée, car on se sent constamment surveillé. Un membre de l’équipe a dit à la blague qu’on pourrait faire une télésérie sur ce qui se passe dans le quartier uniquement avec ces caméras de surveillance. Donc, tout cet aspect du regard est dans le film.

PHOTO FOURNIE PAR SLAMDANCE

Les trois personnages centraux du film : Benji, Archie et Leah

Parlez-nous de ces trois jeunes acteurs qui incarnent les personnages principaux…

On a en partie travaillé avec les gens du quartier pour les rôles. Lily Newmark (Leah) a été trouvée par un casting plus conventionnel. Idem avec Ola Orebiyi (Benji), quoique dans son cas, il a grandi près de Brixton et connaissait beaucoup de gens. Il se sentait proche des enjeux comme des personnages de l’histoire. Quant à Craige Middleburg (Archie), il est comme son personnage. Il avait de l’expérience en publicité et en vidéoclips, mais dans son cas, on peut parler d’un casting de rue.

Slamdance semble être un festival sur mesure pour votre film…

Être accepté à Slamdance a changé notre vie. Au départ, nous avions peu de budget et pas de contrat de distribution. Nous avons simplement foncé et fait le film auquel nous rêvions. Slamdance nous apporte une belle visibilité. À ce jour, trois distributeurs nous ont contactés. Nous sommes humbles et reconnaissants par rapport à cela.

PHOTO FOURNIE PAR SLAMDANCE

Ola Orebiyi (Benji) dans A Brixton Tale

Quels sont vos projets futurs ?

J’écris les scénarios de deux projets de longs métrages. Le premier s’intitule Aquin. Il raconte l’histoire d’une enseignante de Rosemère travaillant à Montréal-Nord. Au départ, elle a des préjugés sur le quartier et de la difficulté à créer des liens avec ses élèves. Mais à la suite d’une tragédie, ce rapprochement va se faire. J’écris aussi un projet intitulé La Grand’route avec Jani Bellefleur-Kaltush. C’est l’histoire d’une rencontre entre une jeune fille innue et un jeune Montréalais en 1996 dans la région de Natashquan. C’est cette année-là que la route 138 s’est rendue à Natashquan. En somme, quand vous regardez mon travail, vous voyez que les préjugés et la xénophobie sont des thèmes qui m’inspirent. Pour moi, le cinéma est une manière de déconstruire la peur de l’autre et d’engager le dialogue.

Le danger en face

Toujours à Slamdance, on ne saurait trop vous conseiller de voir Le danger en face (The Danger in Front), fantastique court métrage du Québécois Alexis Chartrand. Ce film qu’on peut qualifier de comédie meurtrière nous plonge dans la psyché légèrement paranoïaque d’un barbier (Bruno Marcil) qui, regardant par la fenêtre de son salon, voit dans un client (Guillaume Cyr) attablé à un restaurant une menace à sa paisible existence. Hilarant et jouissif, ce film nous a beaucoup rappelé le travail du cinéaste Ryland Tews dans Lake Michigan Monster.