Le long métrage La nuit des rois arrive à Sundance après un parcours festivalier sans faute et représente la Côte d’Ivoire dans la course à l’Oscar du meilleur long métrage international. Il se trouve que la part du Québec dans ce film est très importante, comme l’explique le producteur Yanick Létourneau.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

Le producteur de cinéma montréalais Yanick Létourneau a sans doute les yeux rivés sur la date du 9 février de son calendrier. Ce jour-là, l’Académie des Oscars dévoilera la liste des 15 films toujours en lice (aussi appelée short list) dans la catégorie du meilleur film international, dans laquelle concourt La nuit des rois, film qu’il a coproduit.

Foi de Yanick Létourneau, le savoir-faire québécois est de toute première importance dans la facture, tant visuelle que technique, de ce film représentant la Côte d’Ivoire dans la course à l’Oscar de la catégorie rebaptisée du « meilleur film étranger ».

« Notre apport sur cette production se traduit par une majorité de Québécois dans les postes clés, que ce soit à la direction photo, à l’éclairage, à la conception sonore, à la composition musicale, au montage, dit M. Létourneau qui compte une vingtaine d’années de travail en production cinématographique. Ce sont tous des postes déterminants sur le “look and feel” du film. »

La force et la singularité du scénario l’ont convaincu de s’engager dans le projet, poursuit-il. « C’est un film africain différent de la cinématographie africaine générale. Il se démarque par ses éléments proposés, savant mélange de modernité et de très ancien avec du réalisme magique, un peu de fantastique, son lieu [la prison], etc. »

IMAGE FOURNIE PAR SUNDANCE

Une scène de La nuit des rois

Contrairement à plusieurs autres films de prison, La nuit des rois ne verse pas dans la violence, bien que le climat est tendu et que la loi est celle du plus fort. « Nous sommes plongés dans un environnement qui ressemble plus à une cour médiévale avec le roi, des valets, des joueurs, le fou [incarné par Denis Lavant]. C’est très théâtral », dit-il.

Réalisé par Philippe Lacôte, La nuit des rois est le récit d’un jeune homme (Bakary Koné) qui, fraîchement arrivé à la prison La Maca, en Côte d’Ivoire, doit divertir les centaines d’autres prisonniers durant toute une nuit en leur racontant une histoire. L’enjeu : survivre ! Surnommé Roman par les autres détenus, le nouveau venu surmonte peu à peu sa peur et fait preuve d’imagination pour capter leur attention.

Après un parcours sans faute amorcé à la Mostra de Venise en septembre 2020, le film est de passage au festival du film de Sundance (géolocalisé aux États-Unis) où il est sera présenté le 1er février dans la prestigieuse section Spotlight. Pour Yanick Létourneau, cette présence à Park City, en Utah (le festival est virtuel cette année), est de toute première importance.

C’est très stratégique. C’est une façon de garder le film sur le radar des votants de l’Académie. En cette saison de galas, tous les moyens sont bons pour demeurer visible !

Yanick Létourneau, producteur

La force de Neon

Il faut préciser qu’aux États-Unis, toute l’équipe derrière La nuit des rois bénéficie d’un allié de taille : le distributeur Neon.

Ce nom d’entreprise ne vous dit rien ? On vous propose un autre nom : Parasite ! Vous savez, ce film sud-coréen qui a tout balayé sur son passage à la soirée des Oscars de 2020, remportant les trophées de meilleur film international, meilleur scénario, meilleure réalisation et… meilleur film ! L’ancien président Donald Trump en a fait des cauchemars.

Or, aux États-Unis, c’est Neon qui distribuait ce long métrage de Bong Joon-ho. Neon y distribue aussi Portrait de la jeune fille en feu, Apollo 11, I, Tonya et le fabuleux documentaire Honeyland, pour ne nommer que ceux-là.

PHOTO TIRÉE D'IMDB

Bakary Koné incarne avec aplomb le personnage de Roman dans La nuit des rois.

Lorsque l’équipe du film de Philippe Lacôte a reçu la proposition de Neon, Yanick Létourneau jubilait. « On ne pouvait pas être mieux accompagné, lance-t-il. Pour nous, c’est vraiment la limousine ! »

Au sein de sa compagnie de production, Peripheria, M. Létourneau s’est toujours intéressé au cinéma africain et à la représentation de la diversité au grand écran. Il a ainsi réalisé le documentaire Les États-Unis d’Afrique, consacré à Didier Awadi, pionnier du hip-hop africain.

Le film de Lacôte, qui rassemble la Côte d’Ivoire, le Québec, la France et le Sénégal en coproduction, cadrait parfaitement avec la raison d’être de Peripheria. « Donner de la place à des histoires de la périphérie est au cœur de notre entreprise », dit M. Létourneau.

Parmi ses nombreux projets en cours, il participe à la production de Twist à Bamako, prochain film du réalisateur français Robert Guédiguian (Marius et Jeannette, Les neiges du Kilimandjaro).

Présenté une première fois en novembre 2020 au festival Cinemania Québec, le film La nuit des rois sera distribué au Québec par Axia Films. On s’attend à une sortie en mars, mais les dates exactes restent à confirmer.

Sundance : ce qui est accessible en ligne

Nous avons déjà mentionné que les films présentés à Sundance sont géolocalisés sur le territoire américain. Par contre, tous les cinéphiles, peu importe où ils se trouvent, ont accès gratuitement aux panels et aux cérémonies via la section « Talks & Events » du site. Ce samedi à 15 h, par exemple, on pourra visionner une discussion/bilan de cinéastes 30 ans après l’émergence du New Queer Cinema (The Big Conversation : Barbed Wire Kisses Redux). Dimanche, voyez une discussion avec les comédiennes Rebecca Hall et Robin Wright, cette dernière présentant Land, son premier long métrage de fiction, au festival (Cinéma Café à 12 h 30), alors que le 2 février à 20 h, vous serez invités à voir la cérémonie de remise des prix (Awards Ceremony).

Par ailleurs, moyennant l’achat du laissez-passer Explorer (Explorer Pass) au coût de 25 $ US, vous aurez accès à tous les projets d’avant-garde, telle la réalité augmentée, de la section New Frontier. C’est dans cette section qu’est mise en ligne Fortune !, une série d’animation colorée de l’Office national du film (ONF) consacrée à la place de l’argent dans la société.