Le Festival du nouveau cinéma de Montréal est lancé dans des circonstances très particulières. Souterrain, maintenu in extremis comme film d’ouverture, met en vedette Joakim Robillard, un acteur qui, aux yeux de la réalisatrice Sophie Dupuis, s’est distingué dès qu’elle l’a vu. Entretien.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Dans un monde normal, le deuxième long métrage de Sophie Dupuis (Chien de garde) aurait ouvert le FNC au Cinéma Impérial et aurait pris l’affiche dans les salles du Québec dans la foulée. En moins de temps qu’il n’en a fallu aux autorités pour annoncer une fermeture inattendue des salles de cinéma, pour une durée de 28 jours, ce scénario est tombé dans le domaine de la pure fiction.

La nouvelle réalité fait plutôt en sorte qu’au profit du festival, une projection physique de Souterrain a été organisée in extremis dans un stationnement d’aéroport, lequel accueillera ce mercredi des spectateurs dans leur voiture. Ne cherchez plus de billets, on affiche complet.

Émotions souterraines

On ne sait pas quand Souterrain pourra gagner les salles, mais cette soirée d’ouverture du Festival du nouveau cinéma nous offre l’occasion de rencontrer l’interprète du personnage autour duquel Sophie Dupuis a construit son récit. Pour son premier grand rôle au cinéma, Joakim Robillard se glisse dans la peau de Maxime, un jeune mineur valdorien dont la vie personnelle est chamboulée par une découverte remettant en question sa relation de couple, ainsi que sa conception même de la masculinité.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Théodore Pellerin

« Quand on m’a appelé pour me dire qu’on voulait me recevoir en audition, j’étais en tournée théâtrale en Gaspésie pour aider un ami éclairagiste, explique l’acteur. Ce n’est qu’en lisant le scénario que j’ai pu ressentir l’atmosphère du film et comprendre vraiment de quoi il s’agissait. Tout s’est passé rapidement. J’ai pu préparer trois scènes, dont l’une qui, à mes yeux, résume tout le personnage. Dans la cage d’ascenseur qui le descend dans la mine, Maxime se met à pointer un de ses collègues au lieu de confronter ses propres émotions. »

De son côté, la cinéaste explique qu’elle a vu « plein de monde » pendant des mois pour élaborer sa distribution. Le but était pour elle de créer une « gang » qui se tienne, mais il fallait pour cela trouver d’abord l’acteur qui pourrait donner la réplique à Théodore Pellerin, dont le personnage, par la force des choses, reste à l’extérieur, tout en s’intégrant dans une bande de mineurs dont font notamment partie James Hyndman, Mickaël Gouin, Guillaume Cyr, Catherine Trudeau, Jean L’Italien et quelques autres.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Sophie Dupuis

Quand j’ai vu Joakim, ç’a été une évidence. Je ne le connaissais pas du tout, mais quand il a commencé à jouer sa scène, j’ai eu une réaction physique. On se regardait, tout le monde dans la salle, et il était clair qu’on venait de trouver notre Maxime.

Sophie Dupuis, réalisatrice

« Joakim est arrivé avec une très grande compréhension du personnage et son jeu est incroyable, poursuit-elle. J’ai tout de suite vu qu’il pouvait avoir en lui la dualité du gars tough qui est aussi tendre, sensible et vulnérable. Et puis, Joakim est très facile à filmer. »

Un touche-à-tout

Issu d’une famille où l’on soutient volontiers toute forme d’activité, Joakim Robillard est sorti de l’École de théâtre du Collège Lionel-Groulx il y a six ans.

Ce n’était pourtant pas un objectif de vie pour moi. J’aime toucher à tout, au point où j’exercerais tous les métiers du monde si c’était possible.

Joakim Robillard

« Un jour, ajoute-t-il, mon père m’a fait remarquer que j’aurais l’occasion de faire plein de choses à travers le jeu. Et c’est vrai. Ce métier donne aussi l’occasion d’en apprendre beaucoup sur soi-même en travaillant des personnages complexes. »

Encore aujourd’hui, Joakim Robillard ne peut vraiment cibler le moment précis où le désir d’exercer le métier de comédien s’est révélé à lui. Le jeu n’étant pas pour lui une question de vie ou de mort chaque fois, il s’estime ainsi mieux armé pour faire face à l’aspect plus aléatoire de sa pratique artistique.

PHOTO FOURNIE PAR AXIA FILMS

Joakim Robillard dans Souterrain

« J’ai plein d’autres projets à l’extérieur, qui m’animent aussi beaucoup, fait-il remarquer. Je travaille dans un atelier où l’on coule des chandelles. Ça marche très bien et ça me permet d’être créatif. Pendant la pandémie, j’ai appris à souder. N’ayant pas de désir particulier pour devenir dramaturge ou écrivain, je me suis aussi rapidement vu comme un interprète au service des univers des autres. Quand j’ai compris ça à la sortie de l’école, j’ai ressenti moins de pression. Il faut être bien avec soi-même pour que ça fonctionne. Donc, je ne stresse pas, car je sais que je serai capable de toucher à tout. Il vaut toujours mieux ajouter des cordes à son arc, surtout en ce moment. »

Une expérience exaltante

L’expérience du tournage de Souterrain fut pour lui exaltante et concluante.

« Descendre dans la mine ne fut pas du tout anxiogène. Ce fut plutôt pour moi un kick, un moment d’excitation totale, explique-t-il. Mais ce qui a été formidable, ce fut surtout d’aller à la rencontre d’un milieu, d’une région. Je ne connaissais pas l’Abitibi encore. J’ai eu beaucoup de plaisir en allant pêcher le week-end avec les mineurs, en me promenant avec eux, en partageant les repas. Tout ça enrichit l’expérience. Je n’aurais jamais pensé non plus que nous serions autant ensemble. Étant naturellement un gars de gang, j’ai adoré ça. Je me suis senti à l’aise très vite, d’autant qu’on m’a fait confiance dès le début. »

Parmi les projets figurant au programme de Joakim Robillard se trouve notamment le tournage de Crépuscule pour un tueur, un film de Raymond St-Jean (Louise Lecavalier : Sur son cheval de feu), librement inspiré de l’histoire du clan Dubois à la fin des années 1970. Il y joue l’un des acolytes du tueur à gages Donald Lavoie, interprété par Éric Bruneau. Nous verrons aussi l’acteur dans la troisième saison de la série M’entends-tu ?, au cours de laquelle son personnage devrait prendre un peu plus d’importance.

« Mais avec tout ce qui se passe présentement, on prend ça au jour le jour », conclut-il.

Souterrain est présenté le 7 octobre au Ciné-Parc FNC X YUL à guichets fermés. La date de sortie en salle n’est pas encore fixée.