Dans les années 60, Benedetta Barzini était une icône de la mode. Quelques années plus tard, elle abandonne tout, dégoûtée par le culte de l’image. Dans son film The Disappearance of My Mother, qui ouvre jeudi soir les 22es Rencontres internationales du documentaire de Montréal (RIDM), Beniamino Barrese braque sa caméra sur sa mère et lui fait raconter son parcours.

André Duchesne André Duchesne
La Presse

« Cet endroit me rappelle l’Atelier [The Factory] d’Andy Warhol. »

Benedetta Barzini a cette savoureuse réflexion en sortant du studio des photographes de La Presse situé au deuxième sous-sol suranné de l’édifice et en empruntant le vieux monte-charge pour retourner dans la salle de rédaction.

Cela en dit long sur la vie que menait la mannequin italienne dans les années 60. Muse de Warhol et de Dalí, vivant la grande vie à New York, posant pour les grands photographes de mode, faisant la une de magazines tel Vogue et ayant été une des invitées du célèbre Bal en noir et blanc organisé par Truman Capote en 1966, Benedetta Barzini a traversé une vingtaine aussi élégante que pétaradante.

Et puis, tout s’est arrêté. Volontairement. La beauté de Benedetta Barzini a commencé à lui être lourde. Parce qu’il n’y avait que ça. Ni plus ni moins. Vivre uniquement pour être vue ? Non merci, a-t-elle dit.

De retour en Italie, elle a eu des enfants, a joué un peu à la télé et au cinéma, a enseigné. Et au lieu de cultiver son image, elle a dit des mots, beaucoup de mots, à travers son militantisme politique. « Je suis devenue marxiste et féministe, prenant la parole pour l’égalité des genres », disait-elle dans un article que lui a consacré Vogue (édition britannique), publié le 13 juillet 2018.

> Lisez l’article du Vogue : https://www.vogue.co.uk/article/benedetta-barzini-on-ageing

Terrain d’entente

Avec un tel parcours et un rapport à l’image conflictuel, on s’étonne qu’elle ait accepté de se laisser filmer durant des mois par son fils Beniamino Barrese, qui souhaitait lui consacrer un documentaire.

Oui, ce fut douloureux, disait-elle en entrevue mercredi matin. Mais plusieurs éléments fondamentaux ont fait en sorte que le fils et sa mère ont trouvé un terrain d’entente sur lequel le documentaire a pris tout son sens.

« Elle a été difficile à convaincre, mais nous partageons la même conviction quant à l’importance de savoir se détacher de sa famille », raconte le cinéaste. 

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Beniamino Barrese

Quand je lui ai proposé le projet, elle a instinctivement eu le sentiment que ce serait une occasion unique de me détacher moi-même. Je n’étais pas arrivé à cela durant les sept ans où j’ai vécu à Londres, éloigné de ma famille.

Beniamino Barrese

N’était-ce pas aussi une façon pour le fils de montrer à sa mère qu’il avait la tête aussi dure qu’elle ? À cette question, tous deux éclatent de rire. « C’était définitivement un acte d’amour, mais aussi une façon de m’affirmer », répond le cinéaste dont le film a été lancé au festival de Sundance en janvier dernier, avant de faire le tour du monde.

M. Barrese avait aussi en tête de montrer à sa mère la valeur de la carrière qu’elle a connue dans la vingtaine. Qu’il y avait un sens à son passé. Qu’elle puisse voir son expérience de mannequinat dans des perspectives différentes.

C’est pour cette raison que, durant les 96 minutes du film, Barrese ne cesse de la bombarder de questions, de la remettre en question, de la confronter à son présent. Entre deux moments où elle se pose et répond aux questions, Mme Barzini tempête, grogne, ordonne à son fils de fermer sa caméra. La confrontation est savoureuse.

« Une nouvelle expérience »

Aussi nobles soient ses intentions, M. Barrese ne croit pas que cela a changé les perceptions de sa mère. Le fait de l’avoir accompagné dans plusieurs festivals de documentaires a toutefois été bénéfique, croit-il. Car sa mère a alors baigné dans un monde totalement opposé à celui de la mode.

« Les documentaristes ne sont pas des gens qui font des films pour l’argent et la gloire, mais par passion, dit-il. Ma mère a rencontré des gens très motivés et cela lui a donné une nouvelle expérience de vie. »

Il enchaîne : « Pour moi, ma mère n’était pas qu’une top-modèle ou la muse de Warhol. Elle était beaucoup plus que cela. Je voulais rendre justice à son destin. C’est comme Audrey Hepburn. Son histoire est riche, mais tout ce qu’on en conserve est qu’elle était belle. »

C’est cette façon de voir les choses qui a ému Mme Barzini. « Ben est capable de faire la différence entre la mère de l’être humain. Il a voulu en savoir plus sur la personne. C’est très rare qu’un enfant voie sa mère dans une perspective indépendante de la filiation. »

En fin de compte, ce tournage les a-t-il rapprochés ? « Oui, mais d’une manière saine », lance-t-elle en souriant.

À l’Université Concordia, le 14 novembre (sur invitation), et au Cinéma du Parc, le 21 novembre, 16 h.

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