Même si Rocketman a été bien accueilli à Cannes, même si Elton John et Bernie Taupin lui ont dit avec grande émotion à quel point ils ont apprécié son travail, Dexter Fletcher, le « sauveur » de Bohemian Rhapsody, reste anxieux quant à l’accueil du public. Dans un entretien accordé à La Presse hier, le cinéaste a aussi remis des pendules à l’heure.

Marc-André Lussier
Marc-André Lussier La Presse

La première mondiale de Rocketman a eu lieu au Festival de Cannes. Deux semaines plus tard, que retenez-vous de cette expérience ?

J’avais déjà fréquenté le festival auparavant, mais jamais à titre de cinéaste. Ça peut être excitant et lourd à la fois. Je dois dire que je n’ai pas eu beaucoup le temps de réfléchir avant de m’y rendre, car j’ai terminé mon film à peine cinq jours avant sa présentation. Je me suis retrouvé au Théâtre Lumière, assis avec Elton John, Bernie Taupin, Taron Egerton et Richard Madden, qui, eux, n’avaient encore jamais vu Rocketman dans sa version définitive. C’était fou !

Avez-vous hésité à lancer votre film sur la Croisette ?

Quand nous avons reçu l’invitation, nous avons évidemment beaucoup discuté avant de donner notre accord, car il peut être difficile pour les productions des grands studios de se faire aimer du public de Cannes, réputé le plus critique au monde. Mais, comme nous avons obtenu là-bas l’accueil dont nous rêvions, je suis maintenant ravi de la tournure des évènements. Mais oui, c’était dur pour les nerfs. Ça l’est toujours, d’ailleurs, parce que le public rendra maintenant son verdict et que le film sort partout dans le monde aujourd’hui [hier]. J’espère simplement que les gens l’aimeront autant que moi.

Elton John est le producteur délégué de Rocketman, dont l’idée remonte à une dizaine d’années. C’est dire qu’il est impliqué dans le processus créatif de ce long métrage. Pour un cinéaste, est-ce un avantage ou un inconvénient d’avoir à ses côtés la personne dont on dépeint la vie à l’écran ?

Elton est impliqué dans la production du film, mais n’était pas toujours là. J’ai eu les coudées franches, et il était clair dans mon esprit que nous ne ferions pas une version « PG » [pour tous] de sa vie. Il ne voulait pas ça non plus. Et il a été très ému à Cannes. Dès que le générique de fin a défilé, il m’a dit à quel point il était fier du film, à quel point il correspondait à ce qu’il avait imaginé. De mon côté, j’ai vu l’implication d’Elton comme un avantage parce que je pouvais le consulter, fignoler des détails avec lui. Je crois aussi que ce fut un immense avantage pour Taron [Egerton, l’interprète d’Elton John] parce qu’il a pu donner à son jeu une vérité émotionnelle qu’il n’aurait peut-être pas pu atteindre autrement. Au moment du tournage, Elton a eu l’intelligence de nous laisser travailler sans lui, car il savait sans doute que sa présence aurait pu nous restreindre dans nos élans. Cela dit, il s’informait souvent !

À cause du succès qu’a obtenu Bohemian Rhapsody, et aussi parce que vous avez pris le relais à la réalisation après le départ de Bryan Singer, on compare beaucoup les deux films. Comment réagissez-vous face à cette comparaison ?

Je comprends que les gens fassent naturellement cette comparaison, mais, à mes yeux, ce sont deux films extrêmement différents. Les attentes de ceux qui pensent voir un film de même nature seront sans doute mises à l’épreuve, et je trouve que c’est une bonne chose. Je veux que Rocketman surprenne les gens. Bohemian Rhapsody ayant été un immense succès, j’accueille cette comparaison avec joie sous cet aspect !

Justement, avec le recul, que vous inspire l’histoire de Bohemian Rhapsody ?

Je suis très fier de ma participation, mais ça reste quand même le film d’un autre, avec la vision d’un autre. J’ai beaucoup aimé travailler avec Rami Malek et d’autres merveilleux acteurs, et je suis ravi que le public ait aimé le film. Mais là, je suis rendu à une autre étape de ma vie, alors que je peux exprimer ma propre vision dans un film comme Rocketman. J’avoue que ça me fait toujours un peu bizarre de devoir parler d’un film qui n’est pas le mien.

On dit pourtant que vous avez « sauvé » Bohemian Rhapsody. Est-ce que le fait d’avoir mené à bon port un bateau qui était en train de couler n’a pas consolidé votre bonne réputation à Hollywood ?

Je suis très heureux que des gens aient ce sentiment. C’est flatteur et gratifiant. Mais je suis arrivé, j’ai terminé le tournage, fait ce que j’avais à faire. Je suis fier, mais je ne l’ai pas fait pour ça. J’ai accepté de le faire parce qu’on me l’a demandé, que j’avais un peu de temps, sans savoir que le film aurait un tel succès. Je l’ai fait pour rendre service, en fait.

Le magazine Entertainment Weekly a publié cette semaine un article dans lequel vous disiez trouver « extraordinaire » l’idée d’un film sur Madonna. Croyez-vous que ce projet pourrait se concrétiser un jour ?

Ce serait bien de remettre les pendules à l’heure à ce propos. On m’a demandé si un film sur Madonna pouvait m’intéresser, et j’ai spontanément répondu par l’affirmative parce que sa vie est extraordinaire. Mais il n’y a rien de plus que ça. Je n’en ai pas l’ambition, il ne s’agit pas d’un projet, et toute cette histoire a été montée en épingle, je ne sais trop comment.

Rocketman est actuellement à l’affiche.