(Los Angeles) Diane Keaton en meneuse de claque ? Pourquoi pas ! Dans Poms, la célèbre actrice devient la leader d’un groupe de femmes retraitées qui choisissent pour activité une discipline habituellement associée à des gens plus jeunes. Cette comédie conjuguée au féminin vise tous les publics, mais d’abord et avant tout celui que Hollywood néglige depuis longtemps : les femmes d’âge mûr.

Marc-André Lussier Marc-André Lussier
La Presse

Elle entre dans la pièce dans laquelle l’attendent quelques journalistes et la magie opère. Avec son style unique, Diane Keaton s’amène, vêtue d’un ensemble tout à fait original en noir et blanc (« de vieilles affaires anonymes achetées il y a longtemps », dit-elle), fin prête à assurer le service après-vente de Poms. Non seulement elle en est la tête d’affiche, mais elle agit aussi à titre de productrice déléguée.

Même si Annie Hall, qui lui a valu l’Oscar de la meilleure actrice, remonte à plus de quatre décennies, l’empreinte du personnage du film de Woody Allen lui colle encore à la peau. Quand un scribe lui dit avoir pu discrètement déceler des gestes d’Annie dans le personnage qu’elle incarne dans Poms, Diane Keaton ne s’en formalise pas, mais elle affiche quand même l’air de quelqu’un qui trouve ça un peu fort de café.

« Ah bon, vraiment ? Si c’est le cas, je n’en ai pas du tout eu conscience, en tout cas. Cela ne m’a même jamais traversé l’esprit. Mais c’est intéressant ! »

Un point de départ étonnant

La genèse de Poms est un peu particulière, dans la mesure où le projet est d’abord et avant tout celui d’une cinéaste britannique, Zara Hayes. Jusqu’ici, cette dernière avait principalement fait sa marque dans le domaine du documentaire, notamment en réalisant The Battle of the Sexes, sur le fameux match de tennis entre Billie Jean King et Bobby Riggs.

Par hasard, Zara Hayes est tombée sur l’histoire de femmes d’âge mûr qui, dans plusieurs maisons de retraite aux États-Unis, se regroupent pour faire du cheerleading, une activité sportive intrinsèquement liée à l’imaginaire collectif américain. La cinéaste a d’abord songé à faire un documentaire, mais elle s’est ravisée.

« Ce sujet était tellement riche qu’on pouvait l’aborder sous plusieurs angles. Au-delà de la discipline, cette histoire raconte beaucoup de choses sur les femmes. »

PHOTO ROBYN BECK, AGENCE FRANCE-PRESSE

Patti French, Diane Keaton, Jacki Weaver, Pam Grier, Celia Weston et Rhea Perlman ont assisté à la première de Poms à Los Angeles, le 1er mai dernier.

Voilà d’ailleurs ce qui a séduit Diane Keaton au premier abord, même si l’actrice affirme être avant tout heureuse qu’on lui offre un emploi…

« En tout premier lieu, j’aime ce projet parce qu’il me permet de travailler, lance-t-elle. J’adore ce métier et je veux rester active. En plus, j’aime beaucoup ce scénario. Je n’ai pas tant été enthousiasmée à l’idée d’apprendre à faire du cheerleading, mais j’ai été touchée et émue par l’histoire de ces femmes. Zara a réuni une équipe du tonnerre. Quand tu te retrouves dans un groupe comme celui-là, c’est très stimulant. »

Les femmes en avant

Dès que Diane Keaton a donné son accord et s’est impliquée dans le projet, Zara Hayes a facilement pu recruter des actrices accomplies. Jacki Weaver, Pam Grier, Celia Weston et Rhea Perlman, entre autres, font partie du joyeux groupe. Rhea Perlman, dont le plus célèbre rôle reste celui de la série Cheers, est d’ailleurs ravie de voir plus de productions mettant des femmes en valeur.

« On sent qu’il se passe quelque chose sur ce plan, fait-elle remarquer. Il y a tellement à dire sur les femmes qui n’a pas encore été dit. Il a fallu beaucoup de temps avant d’en arriver là, mais j’ai l’impression que ça ne fait que commencer. » De son côté, Jacki Weaver rappelle que ces films ont quand même existé auparavant – Steel Magnolias a 30 ans –, mais elle salue le fait qu’ils relèvent désormais moins de l’exception. « Je crois que les gens de l’industrie réalisent maintenant qu’il y a un marché pour des films dans lesquels les femmes plus mûres peuvent se reconnaître. Et c’est tant mieux ! »

En filigrane émerge bien entendu de ce récit le message qu’aucun âge ne devrait être proscrit quand vient le moment de réaliser un rêve, même si la raison indique parfois le contraire.

« Je souscris à ce message, mais pour être bien honnête, je dirai qu’il m’est arrivé souvent pendant le tournage de me penser trop vieille, surtout au moment d’apprendre et de faire les chorégraphies, confie Diane Keaton. Pour moi, ce fut long et difficile, mais j’ai fini par y arriver. On m’a beaucoup aidée, cela dit. Heureusement, nous avions une chorégraphe extraordinaire [Marguerite Derricks]. Et surtout, très patiente. Elle a même dû me consacrer plus de temps qu’aux autres parce que j’étais la pire de toutes ! »

PHOTO ROBYN BECK, AGENCE FRANCE-PRESSE

Dès que Diane Keaton a donné son accord et s’est impliquée dans le projet du film de la réalisatrice Zara Hayes, celle-ci a facilement pu recruter des actrices accomplies.

Vieillir

Poms se veut avant tout un film tonique dont le récit repose en outre sur le choc des personnalités, mais aussi sur le regard que la société porte sur des aînés qui ont décidé de sortir des sentiers battus. Il y est question de la vie, mais aussi, inévitablement, de la mort. Diane Keaton et Jacki Weaver, qui forment dans le film un tandem inattendu et dépareillé, ont aussi des approches différentes à ce propos. Cela nous a valu cet échange : 

« J’ai aujourd’hui 72 ans, indique Jacki Weaver, une actrice australienne révélée au monde grâce à Animal Kingdom. Quand j’ai eu 60 ans, j’ai commencé à réaliser qu’à partir de cet âge, il y a des amis qui commencent à partir. Et au fil du temps, tu te rends compte que les gens qui ont fait partie de ta vie, disparus progressivement, se font désormais plus nombreux que ceux qui sont toujours vivants. Ça fait partie de la vie. On en vient à apprendre à composer avec ce cycle, à se faire une raison.

— L’attitude de Jacki est tellement meilleure que la mienne ! rétorque Diane Keaton. Moi, la mort me terrifie. Ça m’occupe l’esprit constamment, mais en même temps, cela me motive à continuer, à vivre le mieux possible. Je n’aurais aucun conseil à donner à une version plus jeune de moi-même, car je ne sais rien !

— Moi, je dirais à une plus jeune version de moi-même de ne pas se préoccuper autant de son apparence. Que ce n’est pas si important.

— Oh, ça, c’est bon. Ce que dit Jacki est important. Et je dirais aussi à la jeune Diane de choisir des hom… [elle hésite en faisant d’évidence écho à sa vie amoureuse]. Ok, je n’irai pas là.

— Moi, j’ai aimé tous mes maris.

— Mais combien en as-tu eu ?

— Aaah [sourire en coin]… plusieurs ! »

Poms (Poms – La grande compétition en version française) prendra l’affiche le 10 mai.

Les frais de voyage ont été payés par Les Films Séville.