À suivre le procès de Johnny Depp et Amber Heard, on n’est sûr que d’une chose : une chance que ces deux-là ont divorcé avant la pandémie. Je n’ose pas imaginer ce qu’ils se seraient infligé en confinement. Même moi, en couple fusionnel depuis 22 ans, j’ai fini par trouver ça difficile, alors imaginez quand vous vous haïssez.

Publié le 27 avril

Le déballage public de Depp et Heard est gênant parce qu’on y retrouve l’illustration parfaite d’une relation toxique. Chez les parfaits de ce monde, selon Instagram, c’est encore plus excitant.

Si vous avez déjà été coincé comme arbitre à entendre deux ex s’accuser de tous les maux, vous reconnaissez rapidement le pattern. Plus ils en révèlent, plus on a l’impression de passer à spin dans la laveuse de linge sale soi-même. Ce qui va arriver aux témoins – et pas des moindres, on parle d’Elon Musk, de Jason Momoa, de James Franco ou de Paul Bettany – qui vont défiler dans ce procès suivi avec appétit par la planète, car il n’y a pas une journée sans qu’on apprenne des trucs ahurissants. L’alcool, la drogue, les pilules, les enregistrements, les textos conservés, un doigt coupé, les photos d’ecchymoses sur les deux, les tromperies, une crotte dans le lit conjugal…

Too much information. Mais on ne peut pas s’empêcher de jeter un coup d’œil une fois de temps en temps à cet accident de char très au ralenti, qui dure depuis des années. Peut-être parce qu’on y reconnaît nos pires souvenirs de rupture, mais avec des vedettes hollywoodiennes.

Il est question pourtant d’allégations de violence conjugale, une réalité très grave. Mais il se lance tellement de bouette dans ce procès qu’on en perd le sérieux.

L’un et l’autre affirment avoir été la victime de violence. Se pourrait-il que les deux disent vrai, en ce sens que les deux se sont fait du mal ? De ce qu’on a entendu, il ressort clairement que Depp a d’importants problèmes de consommation et de comportement, mais Amber Heard semble aussi avoir un tempérament explosif selon d’autres témoins – elle a entre autres été dépeinte comme une « patronne infernale » par son ancienne assistante, qui aurait vécu ses crises de rage.

Les ex de Johnny Depp, pas des moindres elles non plus – Vanessa Paradis et Winona Ryder –, ont parlé en sa faveur publiquement. On voit souvent cela dans ce type d’affaires, pour protéger parfois un ami, ses souvenirs, ou la réputation de la famille, mais c’est à prendre en compte, car il arrive qu’il n’y ait qu’à dire sa vérité de témoin. C’est quand même fascinant de voir le nombre de personnalités entraînées dans ce processus judiciaire. N’empêche, la réputation de Johnny Depp est assurément bousillée, après tant de détails sordides.

Même si, selon ses dires, il n’aurait jamais levé la main sur une femme, on n’a pas envie d’être sa blonde après ce qu’on a entendu. Il a écrit des choses plus qu’agressives dans des textos, traitant son ex de pute et disant vouloir violer son cadavre après l’avoir brûlé. De l’humour à la Monty Python, a-t-il déclaré à la barre…

C’est quand même lui qui a relancé la machine à potins en poursuivant son ex-femme pour diffamation, après une tribune écrite dans le Washington Post où elle a pris la parole pour les femmes victimes de violence, en mentionnant avoir été une figure publique de cette violence, sans nommer son ex-mari. Dans cette poursuite, il réclame 50 millions de dollars ; elle renchérit avec une plainte de 100 millions de dollars. Depp, connu pour être un panier percé qui dépense sans compter, a perdu beaucoup de contrats depuis le début de cette saga.

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Amber Heard semble, elle aussi, avoir un tempérament explosif, selon les témoignages entendus.

En acteur qui connaît les caméras, Johnny Depp fait son spectacle au tribunal, usant d’humour, ce qui n’est pas pour déplaire à ses hordes de fans qui prennent sa défense depuis le début. Même moi, il m’a fait rire quand il a dit avoir donné de la drogue à Marilyn Manson pour qu’il arrête de parler. Le fait que ce procès soit télévisé invite à la performance plus qu’à la sincérité. Tous les éléments sont en place pour un cirque médiatique, et s’il s’avère que Depp est la victime là-dedans, on passe peut-être à côté d’une occasion de parler de la violence conjugale vécue par les hommes. Elle existe. Mais je n’oublie pas non plus que ce sont les femmes qui se font tuer majoritairement chaque année dans les meurtres commis par des conjoints. Ce procès-là est aussi du bonbon pour les misogynes, peu importe leur sexe.

Mais jusqu’à présent, j’ai surtout l’impression d’une guerre interminable entre deux anciens amants, lui, 58 ans, elle, 36 ans, qui n’ont jamais vraiment été heureux ensemble.

Ce qui me fascine est la quantité d’engueulades enregistrées. On n’est pas ici dans les propos rapportés, mais en plein cœur de l’enfer conjugal à les écouter dans leur intimité. Et on ne sait trop comment qualifier une relation où on s’enregistre à chaque crise. Dieu sait qu’il peut se dire des choses laides et méchantes dans une chicane de couple. Si on les enregistre, à mon humble avis, c’est pour poursuivre la chicane plus tard, et non pour s’excuser, se corriger et passer à la chose la plus importante pour la survie d’un couple : le respect de l’autre.

Comment deux adultes peuvent-ils se rendre aussi loin dans le striptease de leur vie personnelle ? Il y a beaucoup d’argent en jeu ici, mais on a vu bon nombre de batailles féroces entre des conjoints pour des broutilles comme la garde partagée du chat. Le terrain de la guerre, je crois, est ici l’image publique des protagonistes.

Ce qu’il y a de catastrophique dans ce procès n’est pas tant l’image publique de Johnny Depp ou d’Amber Heard, mais le fait que le sujet important de la violence conjugale soit noyé dans un gros show télévisé, mettant en vedette deux stars hollywoodiennes qui n’ont pas eu la pudeur et la maturité de régler leurs conflits sans entraîner tout le monde avec eux. Le pire – ou le meilleur, pour les voyeurs – est que ce n’est pas terminé.