Si les plus proches collaborateurs de Pascale Nadeau l’appuient de façon inconditionnelle, plusieurs anciens collègues de la cheffe d’antenne dénoncent le climat de travail malsain qui a régné au Téléjournal week-end de Radio-Canada sous sa gouverne.

Publié le 21 août 2021

Dénigrement de collègues, cris sur le plateau et atmosphère négative : sept personnes différentes, qui ont requis l’anonymat par peur de représailles, nous ont raconté de nombreux épisodes où ils jugent que Pascale Nadeau a dépassé les bornes.

D’ex-membres de son équipe déplorent la propension de Pascale Nadeau à dénigrer le travail d’autres journalistes. « Pendant qu’un topo jouait en ondes, elle pouvait se moquer de l’accent tonique du reporter qui n’était pas au bon endroit. Elle disait que c’était de la merde, que ça ne devrait pas aller en ondes, que c’était mauvais », se souvient une employée du Téléjournal, qui a témoigné durant l’enquête de la firme externe ayant mené à la suspension d’un mois sans salaire de Pascale Nadeau.

Une journaliste affectée au Téléjournal confirme que pendant les pauses de son bulletin de nouvelles, Pascale Nadeau critiquait sévèrement ses confrères, souvent pour des peccadilles. « Le reportage jouait en ondes et elle riait d’une journaliste française qui finissait toujours ses phrases avec des “euh”. C’était toujours fait dans le but d’humilier la personne. Et tout le monde en studio entendait ce que Pascale disait », rappelle cette journaliste.

« En plus, elle ridiculisait des gens qui n’étaient même pas là pour se défendre. On ne devrait pas entendre ça. C’est la seule qui faisait ça, avec un micro sur elle », ajoute un technicien qui a côtoyé Pascale Nadeau pendant près de 10 ans.

Plusieurs de nos sources se souviennent également de la soirée des attentats de Paris, notamment au Bataclan, le vendredi 13 novembre 2015, que pilotait Pascale Nadeau. Cette retransmission en direct a été plombée par des pépins techniques qui ont mis la cheffe d’antenne hors d’elle.

« Aussitôt que la caméra arrêtait, elle se mettait à hurler comme une déchaînée. Je comprends qu’elle était stressée, tout le monde l’était. Mais on n’a pas le droit de traiter les gens de la sorte. Est-ce ça qu’elle appelle être exigeante envers ses équipes ? », demande une journaliste chevronnée présente ce soir-là.

La reporter ajoute : « Le studio principal du Téléjournal se trouvait sur un plateau surélevé, au milieu de la salle des nouvelles. Donc, les gens autour pouvaient facilement tout entendre. D’ailleurs, le pupitre après lequel elle criait se trouvait en contrebas, à côté du plateau. »

Cette séance de cris n’était pas un incident isolé. Selon un technicien qui travaille au Téléjournal depuis quatre ans, « on l’entendait souvent crier de bord en bord de la salle des nouvelles quand ses textes n’étaient pas prêts ou quand ils n’étaient pas bons », note-t-il.

Des animateurs comme Céline Galipeau ou Patrice Roy composent avec la même pression que Pascale Nadeau sans toutefois franchir une limite dans l’exercice de leur autorité, insistent nos sources. « Quand tu faisais une gaffe, Pascale y revenait sans cesse, elle retapait toujours sur le clou. Plus elle me stressait, plus je faisais de gaffes. Et plus je faisais de gaffes, plus elle me tombait dessus. Patrice Roy est également exigeant. Mais il travaille en équipe. Pas Pascale Nadeau », constate une ancienne collaboratrice du Téléjournal.

Un employé qui œuvre derrière la caméra s’est vu offrir un emploi permanent au Téléjournal week-end de Pascale Nadeau. Il l’a refusé. « Ce n’est pas sain dans cette équipe-là. Je n’avais pas le goût de me faire crier dessus. C’est dur d’avoir confiance en toi quand elle-même ne te fait pas confiance. J’en ai eu, des mauvaises soirées avec Patrice Roy. Mais il ne m’a jamais insulté », indique cet informateur.

La garde rapprochée de Pascale Nadeau, qui comprend son réalisateur et sa cheffe de pupitre, la défend bec et ongles. Ce noyau dur, c’est en fait huit collaborateurs réguliers de la cheffe d’antenne. Les huit n’ont pas tous signé la lettre d’appui à Pascale Nadeau, qui a été transmise à la direction de l’information. Selon le syndicat, « une majorité » de ces huit collègues ont donné leur appui à la missive. Le syndicat a refusé de nous en fournir une copie.

Parmi les signataires, deux ont accepté de parler, eux aussi sous le couvert de l’anonymat, de crainte de se mettre la direction à dos.

« Que Pascale soit satisfaite ou non du travail, tu le sais tout de suite et elle n’y va pas par quatre chemins. Tu as toujours l’heure juste avec Pascale. À ma connaissance, elle n’a jamais tenu de propos déplacés, elle n’a jamais rabaissé ou injurié qui que ce soit », affirme une des signataires de la lettre d’appui à Pascale Nadeau.

Le deuxième signataire de la lettre renchérit : « Oui, Pascale est franche et passionnée et il pouvait lui arriver de se fâcher lorsque les choses ne tournaient pas rond. Mais ses commentaires n’étaient jamais des attaques personnelles et concernaient toujours le contenu en ondes. D’ailleurs, il n’y avait jamais d’acharnement contre une seule et même personne. La personne qui recevait le pot une fin de semaine pouvait très bien recevoir les fleurs la semaine suivante. »

Mais comment des employés affectés à un bulletin peuvent-ils avoir des interprétations aussi différentes des mêmes évènements ? Très simple, constate une source au Téléjournal. « Pascale parlait juste à son équipe rapprochée. C’est normal que ces gens-là la défendent aujourd’hui. C’était eux autres contre nous tous », rappelle cette source.

Jointe vendredi, Pascale Nadeau n’a pas voulu accorder d’entrevue à propos des allégations portées contre elle. Par écrit, elle a transmis la déclaration suivante : « Je ne commente pas des allégations anonymes. L’enquête a déjà eu lieu et aucune conclusion de harcèlement ou d’atteinte à l’intégrité n’a été retenue. »

Radio-Canada n’a pas non plus commenté nos révélations à propos du climat malsain au Téléjournal week-end. « Radio-Canada maintient sa version des faits. Ce sont des dossiers extrêmement sensibles et délicats et nous en sommes conscients », souligne le porte-parole du diffuseur public, Marc Pichette.