Même si cela semble absurde, c’est tout à fait possible.

C’est même écrit noir sur blanc sur le site du gouvernement canadien1. La section de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada (ACFC) y énumère la liste des entreprises et des personnes pouvant consulter le dossier de crédit et ce qu’elles peuvent faire avec les informations personnelles qu’il contient.

À l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés, la directrice générale, Manon Poirier, me confirme que les employeurs font des enquêtes de crédit à deux moments : lors des embauches et des promotions.

On ne sait pas à quel point la pratique est répandue dans les entreprises du Québec. Mais chose certaine, elle est permise, si l’employé donne son accord.

Mais qui dira non, au risque de perdre un boulot ou une nouvelle affectation ?

Les bonnes pratiques commandent que la vérification du dossier de crédit soit effectuée uniquement si c’est pertinent avec le travail, insiste Mme Poirier. Ce peut être le cas dans les postes reliés aux finances (gestionnaire de portefeuille, contrôleur, comptable). « Si la personne a des enjeux à gérer son propre argent, va-t-on lui confier cette responsabilité ? »

Le Centre de ressources en employabilité Montréal Centre-Ville (CREMCV), un organisme spécialisé en employabilité, précise qu’à l’embauche, les employeurs vérifient le dossier de crédit afin de s’assurer que le candidat n’est pas en difficultés financières. Cela « pourrait, selon eux, le mener à commettre des actes de fraude ».

Pour Mme Poirier, il est déplorable de « faire une adéquation entre la mauvaise cote de crédit et la possibilité de fraude. C’est un raccourci intellectuel. L’un ne mène pas à l’autre ».

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Les assureurs consultent aussi les dossiers de crédit de leurs clients pour déterminer le prix de vos primes auto et maison.

Nancy, qui réside dans l’ouest de l’île de Montréal, a eu tout un choc en le découvrant, cet hiver. En 2015, son assureur des 30 dernières années lui a demandé l’autorisation de consulter sa cote de crédit. Elle a refusé sans savoir les conséquences. « Voyons, j’ai toujours bien payé ! »

Sa prime en habitation a poursuivi son ascension. Quand elle demandait des explications, son courtier lui répondait qu’elle habitait dans une zone inondable et que les changements climatiques provoquaient de coûteux désastres. C’était plausible.

Cette année, sa prime a atteint 2955 $. Jugeant que c’était exagéré, Nancy a repris le téléphone. Cette fois, on lui a dit qu’elle n’avait pas un bon crédit. Son courtier a fini par comprendre que l’assureur n’avait pas accès au dossier de crédit de sa cliente. Ce qui lui nuisait.

Après avoir donné son aval, la prime a fondu à 1669 $. Une baisse de près de 45 %. « J’étais en état de choc. Ça veut dire que je me suis fait avoir pendant cinq ans ! », dénonce-t-elle dans le but de prévenir d’autres consommateurs.

L’assureur a refusé de changer le tarif de son assurance auto pour les quelques mois qui restaient au contrat. Mais Nancy a changé de véhicule et ainsi obtenu un nouveau prix : 960 $ plutôt que 1680 $. Même s’il s’agit d’un modèle neuf pratiquement 20 000 $ plus cher que l’ancien.

« Je trouve ça complètement aberrant. Ils ont fait ça malgré mon historique de paiement impeccable de plus de 30 ans. »

Au Bureau d’assurance du Canada, on explique que la cote de crédit permet de prédire la probabilité de réclamation d’un assuré. Qu’un lien a été établi entre la discipline financière d’une personne et l’entretien préventif de ses biens. « Plus un consommateur est discipliné financièrement, moins il est susceptible d’avoir des sinistres », soutient la porte-parole, Anne Morin.

Par exemple, les personnes en difficultés financières seront moins enclines à changer les pneus d’hiver de leur véhicule, la toiture de leur résidence ou son chauffe-eau en fin de vie.

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Les arguments des employeurs et des assureurs sont loin de convaincre Option consommateur et d’autres ACEF de la nécessité pour des acteurs non financiers de consulter le dossier de crédit.

À leur avis, cette pratique devrait être interdite, car elle comporte une série d’écueils.

Les personnes ayant un mauvais dossier de crédit peuvent notamment se retrouver dans un cercle vicieux quand on leur refuse un boulot, dénonçait Camille-Rose Bouchard, responsable de la défense des droits à l’ACEF du Nord de Montréal, dans la section Débat de La Presse, fin février.

Lisez la lettre ouverte « Refus de Québec d’encadrer le dossier de crédit : les consommateurs paient le prix »

L’autre hic, c’est qu’on peut se faire voler son identité. Et ainsi subir des préjudices pour une cote de crédit qui a soudainement chuté en raison de prêts frauduleux, par exemple.

Les dossiers chez Equifax et TransUnion comportent aussi des erreurs. Ça peut être long avant de s’en rendre compte et difficile à faire corriger.

Certaines provinces canadiennes interdisent aux assureurs de consulter le dossier de crédit de leurs clients. Il est donc possible de faire les choses autrement. Cela a-t-il une incidence sur le coût des primes ? Le Bureau d’assurance du Canada est malheureusement incapable de répondre.

Comme rien n’indique que Québec va bouger sur la question, vaut mieux veiller à maintenir sa cote de crédit le plus haut possible. Plusieurs sites proposent des trucs pour y arriver.

Vous pourriez faire d’une pierre deux coups ; les bonnes habitudes financières pavent la voie à un meilleur taux d’épargne.

1. Principes de base des dossiers et des cotes de crédit, de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada

Trucs pour améliorer son crédit :
> Améliorer votre cote de crédit, de l’Agence de la consommation en matière financière du Canada
> Comment améliorer sa cote de crédit ?, de Raymond Chabot

Grâce à un changement législatif survenu en février, il est désormais possible de consulter son dossier de crédit gratuitement en ligne. Equifax s’est déjà conformé tandis que le site de TransUnion subit une refonte qui doit se terminer au cours de l’été, selon l’AMF.