Derrière le drame du Berger Blanc

Les fourrières sont débordées parce que derrière la... (PHOTO: ARCHIVES PC)

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Les fourrières sont débordées parce que derrière la consommation des animaux de compagnie se cache toute une industrie.

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Charles Danten
Ancien vétérinaire, l'auteur a publié «Un vétérinaire en colère» (VLB éditeur, 1999).

On a tout dit et son contraire à propos de l'épisode Berger Blanc, sauf le plus important. Les fourrières et les refuges sont débordés parce que derrière la consommation des animaux de compagnie se trouve des dizaines de groupes d'intérêt, comme les fabricants de moulée et de vaccins, les vétérinaires, les protecteurs des animaux, les zoothérapeutes, qui s'acharnent à faire croire au public que la vie sans un animal est impensable. Des groupes de psychologues

comme Zoothérapie Québec sont solidement implantés dans les petites écoles, à la façon des multinationales comme Coca-Cola, pour endoctriner non seulement les enfants, mais leurs parents. On leur fait croire que les animaux sont une solution à presque tous leurs problèmes, «une solution qu'il faudrait inventer si elle n'existait pas», aux dires de Michel Pépin, l'ancien président de

l'Académie de médecine vétérinaire du Québec. Or, rien n'est moins vrai. Et les consommateurs vite désabusés par les pipis et les cacas de leur «bien durable dont ils attendent certains services» finissent, une fois passé l'attrait du nouveau, par jeter leur aspirine à poils, à plumes et en écailles dans l'une des nombreuses déchèteries mises à leur disposition.

Un exemple parmi 100. Les animaux étant généralement perçus comme des modulateurs de bonne conduite, les parents achètent des animaux à leurs enfants parce qu'on les a convaincus que ce contact les aiderait à devenir de meilleures personnes, plus responsables, plus compatissantes et généreuses, qu'ils apprendraient à mieux aimer et à mieux respecter les autres espèces et la nature.

Or, le rapport entre les animaux et les humains ne fait pas l'homme meilleur, comme en fait foi l'expérience nazie. Les penchants animaliers d'Hitler et de son entourage sont notoires, mais saviez-vous que les nazis avaient les lois de protection animale les plus progressistes jamais écrites?

Si vous pensez par ailleurs que le rapport aux animaux peut apprendre aux enfants à mieux aimer les autres espèces et la nature, détrompez-vous. Le problème se situe au coeur même du concept d'animal de compagnie. Ce qui est bon pour nous ne l'est pas d'office pour les animaux. Chaque espèce a en effet une nature profonde, un tel os, une spécificité, des besoins en nourriture et en espace, une série d'activités, qui lui sont propres. Ces prérogatives spécifiques aux espèces, qui se sont développées au cours de plusieurs millions d'années d'évolution, sont fixées dans leurs gènes. Or, par définition, un animal domestique ne peut en aucun cas s'épanouir et manifester sa nature profonde. Qu'il soit asservi par l'homme depuis plus ou moins longtemps, le chien sera toujours un loup dénaturé privé d'une grande partie de ses instincts; le chat domestique, un prédateur carnivore en état permanent d'inhibition; l'oiseau en cage, un être privé, comme les autres espèces domestiques, de ses besoins les plus fondamentaux: aller et venir librement, explorer son territoire, socialiser avec ses semblables, se reproduire et manger les aliments qui lui conviennent.

Un animal domestique est presque toujours en déséquilibre. Il développera obligatoirement une foule de comportements névrotiques dus non seulement au manque des différents facteurs dont il a besoin pour s'épanouir et incarner sa vraie nature, mais aux liens affectifs de dépendance totale auxquels il est soumis. Cette violation systématique de l'essence d'un être est la négation pure et simple du respect et de l'amour au sens propre. Et ce n'est pas en faisant vacciner son animal chaque année, en lui payant un hôtel cinq étoiles, une pierre tombale, en lui donnant des droits ou un nom humain que vous y changerait quelque chose.

Dans cette perspective, la relation avec les bêtes sert à entretenir de faux sentiments d'amour et d'amitié qui cachent, sous une apparente bienveillance, une volonté de contrôle et de domination qui se traduit par un sadisme parfois évident, mais le plus souvent d'une grande subtilité. Il suffit d'observer la façon dont certaines personnes se comportent avec leur chien. Regardez-les tirer sur la laisse, frapper et invectiver ceux qui font l'objet de leur affection. Regardez-les surtout leur imposer leur volonté. Les concours canins, hippiques et les cours d'obéissance à la télévision sont l'occasion rêvée de voir, sans censure, la banalisation de cette barbarie à visage souriant. Dès lors, ce qu'un enfant va plutôt apprendre au contact d'un animal, ce sont les règles de la domination et de la soumission. Il apprendra à confondre amour et respect avec possession, contrôle, plaisir, satisfaction et dépendance affective. Plus inquiétant encore, les leçons apprises au contact d'un animal se transposeront à autrui, car selon plusieurs ethnologues et sociologues, «les pratiques sur les animaux sont le moule, en creux ou en relief, ou le contretype, en positif ou en négatif, des relations entre leshommes».

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