• Accueil > 
  • Opinions 
  • > L'immigration de travailleurs temporaires va s'amplifier 

L'immigration de travailleurs temporaires va s'amplifier

En 2008, plus de 192 000 personnes sont... (PHOTO: ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

Agrandir

En 2008, plus de 192 000 personnes sont venues au Canada comme travailleurs temporaires, devançant l'immigration économique traditionnelle.

PHOTO: ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Victor Piché
L'auteur est chercheur associé à la chaire Oppenheimer en droit public international de l'Université McGill.

S'il y a encore des personnes qui croient que l'immigration n'a pas de lien avec l'économie, je leur suggère de suivre attentivement le sort qui sera réservé au dossier de l'immigration dans le nouveau gouvernement conservateur majoritaire.  

Déjà, en mode minoritaire, le gouvernement Harper avait commencé à changer radicalement les règles du jeu en matière d'immigration, en facilitant le recrutement de travailleurs temporaires (les travailleurs étrangers dans le langage bureaucratique canadien).  

Pour ce faire, il a augmenté le nombre de pays contractuels fournisseurs de travailleurs temporaires en provenance de la Caraïbe et de l'Amérique centrale, élargi de façon importante les catégories d'occupations éligibles pour ce type de recrutements, multiplié les programmes de travailleurs temporaires et facilité les règles d'accès à ces programmes.  

Les données statistiques montrent clairement les résultats de ces nouvelles politiques: en 2008, plus de 192 000 personnes sont venues au Canada comme travailleurs temporaires, devançant l'immigration économique traditionnelle (la catégorie des indépendants). Cette tendance va maintenant pouvoir s'affirmer sans obstacle avec un gouvernement très à l'écoute du patronat.

Historiquement, le Canada a toujours été un pays d'immigration et les politiques migratoires ont largement favorisé le recrutement de travailleurs étrangers par la voie de la sélection assortie de la résidence permanente.  C'est cette immigration qui a en fait façonné l'histoire économique et sociale du Canada et du Québec.  

Même si déjà dans les années 70 et 80, le Canada procédait parallèlement au recrutement de travailleurs étrangers par la voie de programmes de travail temporaire, les nombres impliqués demeuraient limités. Ainsi, durant tout le XXe siècle, le Canada a donné l'image d'un pays favorisant l'immigration permanente.  

Alors, pourquoi ces changements récents? Pour des raisons purement économiques, liées aux besoins de main-d'oeuvre des employeurs de certains secteurs: l'agriculture certes, mais aussi la restauration, la construction, les services, pour en nommer quelques-uns. Le patronat a souvent critiqué la politique d'immigration actuelle, basée sur un long processus de sélection peu efficace pour répondre rapidement à leurs besoins. Au contraire, les programmes de travailleurs temporaires permettent de lier directement travail et emploi et donnent un rôle de premier plan aux employeurs dans le processus de recrutement de tels travailleurs.

Les programmes de travail temporaire sont particulièrement troublants pour deux raisons fondamentales.  D'abord, ils créent de véritables «non-citoyens» puisque l'accès à la résidence permanente est loin d'être assuré. Le deuxième problème fondamental avec les programmes de travail temporaire concerne le non-respect des droits fondamentaux. Même dans le cas des contrats types qui prévoient certains droits, l'absence de mécanismes d'encadrement et de suivi rendent ces droits souvent inopérants.

Ce n'est pas par hasard si le gouvernement canadien refuse de signer et de ratifier la Convention des Nations unies sur la protection des travailleurs migrants et des membres de leur famille, car de tels programmes violent plusieurs articles de la Convention.

Ce qui nous attend en matière de politique d'immigration sous un gouvernement conservateur majoritaire est une politique encore plus axée sur les besoins économiques immédiats des employeurs, à mille lieues d'une philosophie d'immigration respectueuse des droits de la personne.

La proposition actuelle de la ministre de l'Immigration québécoise de réintroduire la notion discriminatoire et raciste des quotas est de la petite bière comparée à ce que nous réserve le gouvernement conservateur en matière d'immigration.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer