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La réussite scolaire n'est pas synonyme de compétence

L'élève moyen n'existe plus vraiment. Dans les classes,... (PHOTO: ARCHIVES LE QUOTIDIEN)

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L'élève moyen n'existe plus vraiment. Dans les classes, on regroupe des élèves qui s'ennuient parce que les cours sont trop lents et d'autres qui s'ennuient parce que les cours vont trop vite.

PHOTO: ARCHIVES LE QUOTIDIEN

Stéphane Lévesque
L'auteur enseigne le français au secondaire. Il réside à L'Assomption.

Il faut travailler dans le milieu scolaire pour comprendre le malaise qui y règne. En tant que professeur d'expérience, j'en ai vu passer des ministres et des solutions miracles.

Parmi les dernières tendances, on a considérablement réduit les possibilités de redoublement au primaire comme au secondaire. On a fermé la grande majorité des «classes spéciales», ce qui a mené à l'intégration des élèves à besoins particuliers dans les classes régulières. Et on a mis en oeuvre la fameuse «réforme» qui a fait régresser les élèves, tant au niveau des connaissances acquises que des compétences, si on les compare aux élèves qui n'ont pas eu à subir cet autre changement idéologique.

Ces décisions prises par les hautes instances ont considérablement modifié le visage du groupe moyen. L'élève moyen, régulier, n'existe plus vraiment. Dans les classes, on regroupe des élèves qui s'ennuient parce que les cours sont trop lents et d'autres qui s'ennuient parce que les cours vont trop vite. Très peu d'élèves se retrouvent au centre de ce fossé grandissant qui sépare ces deux types d'élèves aux besoins opposés.

Voici le choix qui s'offre à nous, enseignants : on peut donner les cours et respecter le programme en sachant qu'une moitié du groupe ne pourra pas suivre, ou alors on peut enseigner en fonction des besoins réels des élèves (on les prend là où ils sont rendus) et on fait ainsi abstraction du programme.

D'une manière ou d'une autre, on fait naître un conflit, «le» conflit qui est à la base du grand malaise en éducation. Que doit-on viser? Les directeurs de commissions scolaires, les directeurs d'école, les parents, les commissaires et surtout les intervenants auprès des élèves en difficulté estiment que nous devons viser la réussite des élèves. Les enseignants, quant à eux, ont comme objectif de rendre les élèves compétents. C'est loin d'être la même chose.

J'enseigne le français et, quand les intervenants me disent que les élèves en difficulté devraient avoir droit à un ordinateur pour déceler et corriger leurs fautes, je comprends fort bien qu'ils visent la réussite de l'élève; toutefois, cette réussite ne témoigne pas de la compétence de l'élève. Lorsqu'un élève n'est pas capable de lire par lui-même et qu'on l'aide à un tel point qu'il en vient à comprendre un texte, il peut alors réussir. Cela ne signifie pas pour autant qu'il sait lire.

Il y a quelques jours, le deuxième bulletin était délivré pour témoigner des performances de nos élèves. Ce fut une occasion de plus pour raviver le malaise dans l'école. La direction a avisé les enseignants que les élèves qui ont obtenu 58% ou 59% au bulletin recevront 60% pour ne pas leur faire vivre un échec inutile et, surtout, pour ne pas nuire à leur cheminement. Donc, les enseignants jugent que les élèves ne sont pas compétents, mais la direction veut des élèves qui réussissent. Le système informatique a donc corrigé les «écarts»...

Quand on dit au prof de mathématiques que l'élève incapable de diviser n'a qu'à utiliser sa calculatrice, quand on dit au prof de géographie que l'élève incapable de localiser un pays sur le globe n'a qu'à utiliser Google Earth, on approfondit le malaise et on élargit la déchirure au du milieu du groupe. Et ce ne sont pas les tableaux blancs interactifs qui renverseront la situation!

Le cheminement offert aux élèves d'aujourd'hui définit le genre d'adultes qu'ils seront. Ils ou elles deviendront comptables, mécaniciens, enseignantes, pilotes de ligne, infirmières, et ils ou elles se tromperont, probablement un peu plus souvent que leurs prédécesseurs. Pour eux, ce sera normal puisqu'ils se seront fait dire à l'école que la réussite n'exige pas toujours la compétence. Ils exigeront alors des accompagnateurs et une panoplie d'outils pour les aider à faire une partie du travail à leur place.

De cette façon, ils pourraient toucher leur salaire sans pour autant être compétents, comme plusieurs élèves d'aujourd'hui reçoivent leur diplôme sans détenir les connaissances et les compétences qui devraient y être associées.

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