La mal-aimée

L'hydroélectricité fournit aux Québécois la puissance la moins... (PHOTO: IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'hydroélectricité fournit aux Québécois la puissance la moins chère au monde et verse 2 milliards au trésor de l'État.

PHOTO: IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Victo Murray
L'auteur est responsable de la qualité au parc éolien Mont-Louis.

À l'émission Tout le monde en parle, l'un des réalisateurs du film Chercher le courant précisait que le projet La Romaine était trop dispendieux et pouvait être remplacé par l'éolien, la géothermie, l'efficacité énergétique et la biomasse. Étant spécialiste en production électrique par l'hydraulique et l'éolien, tout en étant scientifique, je ne peux passer sous silence ces affirmations.

Mon texte ne vise pas à justifier La Romaine, décision politique, mais de défendre l'hydroélectricité, cette filière si mal aimée qui, pourtant, nous fournit la puissance électrique la moins chère au monde, tout en versant plus de 2 milliards de dollars au trésor québécois. On n'a qu'à prendre en exemple la filière utilisée par Hydro Ontario, qui fournit son électricité au double du nôtre, tout en ne versant pas de redevances.

Au Québec, un choix politique s'est fait il y a plus de 50 ans d'utiliser la puissance électrique, des kilowatts, dans le but de chauffer nos habitations. Le gaz et le mazout ont été alors lentement délaissés, contrairement à d'autres régions nordiques.

La Romaine trop coûteuse? Je répondrai par deux exemples qui en disent bien long. Dans les années 60, au moment où l'on construisait Manic-5, certains prétendaient que c'était trop coûteux, 800 millions de dollars pour produire 1300 mégawatts, et que l'on endetterait le Québec. Aujourd'hui, cette centrale est payée depuis plus de 15 ans, produit une puissance à moins de 1 cent le kilowatt/heure et a une valeur de plus de 5 milliards.  

Un autre exemple: la centrale LG-2 (nommée Robert-Bourassa), construite dans les années 70. Comme Manic-5, LG-2 allait endetter le Québec. Maintenant, elle est payée, neuve et a une valeur de plus de 25 milliards. Trouvez-moi ailleurs d'autres filières aussi rentables. La caractéristique de l'hydroélectricité : sa durabilité, plus de 40 ans sans mettre un sou, c'est cette technologie qui a contribué à notre enrichissement collectif.  

L'efficacité énergétique: 100% de l'électricité est transformée en chaleur, aucune perte. La géothermie : techniques compliquées et coûteuses. Les Québécois ne sont pas prêts à payer un minimum de quatre fois plus cher leur facture de chauffage. La biomasse: très limitée et peu applicable en milieu urbain.  

L'éolien, filière intéressante, mais qui comporte des limites. Quiconque oeuvre dans ce domaine sait bien que la puissance électrique produite est variable et dépendante de la vitesse des vents, soit entre 10 km/h à 50 km/h. En cas de froid intense, moins de -30 degrés Celsius, ou des bourrasques de plus de 90 km/h, les turbines sont au repos. Pour le Québec, c'est crucial, puisque c'est à ces périodes que la demande électrique est au maximum. Concrètement, afin d'avoir l'équivalent de la puissance électrique de 1550 mégawatts que produirait La Romaine, avec la même régularité et fiabilité, environ 4000 mégawatts seraient nécessaires dans l'éolien, augmentant ainsi les coûts d'une façon exorbitante.

Ce n'est pas pour rien que le Vermont, au lieu de construire des parcs éoliens - en passant, eux aussi ont des vents - préfère garantir leurs approvisionnements par une filière sans intermittence. Produire de l'électricité par l'éolien afin de l'exporter est une aberration. Cette puissance électrique doit être utilisée à proximité de la source afin d'éliminer les coûts et les pertes de transport, comme on fait actuellement.

En adoptant le chauffage tout électrique, le Québec s'est placé dans une situation unique et vulnérable. Une panne électrique en été n'a pas de conséquences majeures, mais peut être catastrophique en hiver : aucune autre source de chauffage n'est disponible.

Donc au lieu d'utiliser de la puissance électrique - énergie de qualité, comme l'affirmait le physicien Max Planck, père de la théorie des quanta - l'idéal serait d'en exporter le plus possible et d'utiliser le gaz pour fin de chauffage. Ce même gaz que nos voisins utilisent pour en faire de la puissance électrique. Tout le monde y gagnerait, surtout le Québec financièrement.




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