Bev Oda: un manque de transparence

Bev Oda, ministre de la Coopération internationale du... (PHOTO: CHRIS WATTIE, REUTERS)

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Bev Oda, ministre de la Coopération internationale du Canada.

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Martin Coiteux
L'auteur est professeur au service de l'enseignement des affaires internationales à HEC Montréal.

Mettons les choses au clair. Si la ministre de la Coopération internationale a délibérément menti au parlement dans l'affaire Kairos, elle doit démissionner. C'est une chose de prendre la décision de couper le financement public à une ONG, c'en est une autre d'induire le parlement en erreur en affirmant que la décision émane des fonctionnaires de l'ACDI plutôt que de soi-même.  

Il faut néanmoins bien comprendre la nuance: l'offense réside dans le manque de transparence, pas dans l'exercice de la responsabilité ministérielle.

Le problème de fond soulevé par cette affaire est celui du financement des ONG à vocation politique. Contrairement aux ONG dont le but premier est de venir en aide aux populations éprouvées, comme le fait par exemple la Croix-Rouge, ces ONG s'engagent d'abord et avant tout sur le terrain de l'idéologie. En ce sens, les ONG militantes concurrencent nos partis politiques plutôt que les services de santé défaillants des pays les plus déshérités. En pratique, certaines ONG occupent les deux terrains, parfois celui de l'aide humanitaire internationale, mais souvent aussi celui de l'idéologie. C'est le cas de Kairos dont l'une des missions est de favoriser le «changement social» par des campagnes de nature politique.

Les ONG comme Kairos ont un rôle à jouer dans la société. De nombreux citoyens sont prêts à donner temps et argent pour faire avancer les causes qu'elles défendent. Si leur financement venait uniquement de ces citoyens, personne n'y trouverait rien à redire. C'est lorsque le financement public devient une source critique, voire la source principale de leur financement, qu'elles doivent s'attendre à être scrutées à la loupe. Si elles ne l'étaient pas, nous serions en droit de poser des questions au gouvernement et aux ministres responsables.

Si l'action de ces ONG se limitait aux questions humanitaires, il ne serait pas trop difficile d'évaluer le mérite de leurs demandes, dans le cadre, bien entendu, des contraintes budgétaires du gouvernement. C'est lorsque leur action s'oriente nettement du côté de l'idéologie qu'il y a un problème beaucoup plus profond.

En compétition avec les partis politiques, les ONG militantes ne se présentent pourtant jamais aux élections. Leur plateforme n'est donc à aucun moment soumise aux électeurs ni surtout appuyée par le vote d'une majorité d'entre eux. Lorsqu'elles gagnent un accès aux fonds publics et se servent de ces fonds pour défendre des causes essentiellement politiques, elles peuvent fort bien heurter par le fait même les convictions d'une majorité d'électeurs. Il y a là un réel problème de légitimité démocratique.

Kairos ne constitue pas le seul exemple de ce problème de légitimité. Si la part publique de son financement atteignait prés de 40% en 2008, celle de l'ONG altermondialiste Alternatives se chiffrait quant à elle à 82% en 2007! Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en soutenant la cause du régime cubain ou encore la mégalomanie «bolivarienne anti-impérialiste» d'Hugo Chavez, Alternatives était loin de contribuer à l'atteinte des objectifs de la politique étrangère canadienne. Quelqu'un se souvient d'avoir voté pour Alternatives?

La meilleure façon de résoudre ce problème de légitimité démocratique est de laisser aux personnes privées et aux organismes réellement indépendants de l'État le soin de financer adéquatement tous ces organismes qui rendent de précieux services à leurs sympathisants. Les fonds ainsi épargnés pourront être mieux utilisés pour appuyer les missions réellement humanitaires d'organismes entièrement engagés à cette fin.  

C'est au gouvernement et non aux fonctionnaires de l'ACDI de prendre ce genre de décision. Voilà ce que la ministre aurait dû dire au parlement et à la population.




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