L'autonomie provinciale, une tendance lourde

Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall,... (PHOTO: TROY FLEECE, ARCHIVES PC)

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Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, s'est fait le défenseur de l'autonomie de sa province récemment, notamment dans le dossier de la potasse. Une attitude remarquée aussi à Terre-Neuve, en Alberta et en Colombie-Britannique.

PHOTO: TROY FLEECE, ARCHIVES PC

Daniel Béland
L'auteur est détenteur de la chaire de recherche du Canada en politiques publiques à l'École Johnson Shoyama (Université de la Saskatchewan).

Dans un texte publié dans le Toronto Star lundi dernier, le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, se fait le défenseur de l'autonomie provinciale, une idée souvent associée au Québec, mais qui reste au coeur du fédéralisme canadien, «d'un océan à l'autre».

Prenez Terre-Neuve et Labrador, une province dirigée jusqu'en décembre 2010 dernier par le conservateur Danny Williams, dont les positions fermes dans des dossiers comme la péréquation lui ont assuré une énorme popularité dans sa province, qui se caractérise depuis longtemps par une profonde identité territoriale.

À l'autre bout du pays, dans l'Ouest, le régionalisme conservateur associé principalement à l'Alberta est depuis longtemps une source de tensions en matière de relations fédérales-provinciales. Dans cette province, l'impopularité du premier ministre démissionnaire, le conservateur Ed Stelmach, ainsi que la montée d'un nouveau parti provincial encore plus à droite que les conservateurs (Wildrose Alliance), encouragent le retour d'un discours régionaliste «pur et dur» incarné notamment par le candidat au leadership conservateur albertain Ted Morton.

Associé à l'idée de construire un mur (firewall) autour de l'Alberta pour la protéger contre la redistribution régionale opérée à travers les programmes de péréquation et d'assurance emploi, M. Morton est un personnage controversé et ultraconservateur qui n'hésite pas à attaquer Ottawa, mais aussi le Québec, pour augmenter sa popularité dans ce qui demeure le bastion du conservatisme au Canada.

Quant à la Saskatchewan, la «petite soeur» de l'Alberta longtemps restée dans l'ombre de sa puissante voisine, elle se caractérise aujourd'hui par une grande prospérité économique et un rayonnement politique que le premier ministre Wall a su magnifier durant son récent bras de fer victorieux avec Ottawa dans le dossier de la potasse.

En se faisant le défenseur de l'autonomie des provinces et de leur capacité d'agir, M. Wall s'efforce d'augmenter l'influence de sa province dans les relations fédérales-provinciales tout en évitant le style vitriolique d'un Ted Morton ou d'un Danny Williams. C'est que, contrairement à l'Alberta et à Terre-Neuve et Labrador, la Saskatchewan ne possède pas d'identité territoriale forte que les politiciens peuvent facilement exploiter dans leurs luttes avec Ottawa.

Ainsi, durant le premier mandat de Stephen Harper, le prédécesseur de M. Wall, le néo-démocrate Lorne Calvert, n'avait pas réussi à vraiment mobiliser ses concitoyens contre une réforme de la péréquation qui pénalisait pourtant sa province. Contrairement à son prédécesseur et motivé par son récent succès politique dans le débat sur la potasse, M. Wall adopte un ton posé tout en utilisant sa popularité actuelle en Saskatchewan pour jouer un rôle de plus en plus déterminant sur la scène canadienne.

De façon plus générale, l'attitude de M. Wall renvoie à une tendance lourde au Canada anglais?: celle d'une défense de l'autonomie provinciale qui rapproche un nombre grandissant de provinces de l'attitude traditionnelle du Québec en matière de relations fédérales-provinciales.

Même en Ontario, le centre consacré du «nationalisme canadien», le premier ministre libéral Dalton McGuinty n'hésite pas à défendre farouchement les intérêts de sa province dans l'arène fédérale.

Pour les Québécois, le mouvement général en faveur de l'autonomie des provinces représente sans doute une excellente occasion de faire front commun avec elles pour renégocier le pacte fédéral canadien dans un sens favorable à leurs propres revendications.

Compte tenu de la double présence d'un gouvernement conservateur minoritaire et d'une forte représentation du Bloc à la Chambre des communes, les conditions sont peut-être réunies pour des réformes significatives du fédéralisme, par exemple un transfert additionnel de points d'impôt vers les provinces.

Malheureusement, comme M. Wall le souligne, il existe toujours au Canada anglais un refus d'aborder directement la question constitutionnelle, ce qui pourrait à terme diminuer les chances d'une transformation profonde et durable des institutions fédérales.

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