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Maison des naissances: un accouchement pénible

Seulement deux maisons de naissance ont vu le... (PHOTO: PATRICK SANSFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE)

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Seulement deux maisons de naissance ont vu le jour depuis l'adoption de la politique de périnatalité.

PHOTO: PATRICK SANSFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

David Murray et Geneviève Handfield

Les auteurs résident dans le quartier Villeray à Montréal. Après deux tentatives infructueuses, ils ont pu vivre un accouchement dans une maison de naissance.

Il y a quelques jours, plusieurs personnes se sont rassemblées pour demander l'ouverture d'une maison de naissance dans le quartier Petite-Patrie à Montréal. Elles sont loin d'être les seules. Aux quatre coins du Québec, de nombreux groupes de citoyens revendiquent depuis des années plus de maisons de naissance.

Au Québec, une femme peut choisir d'accoucher à l'hôpital, dans une maison de naissance ou dans sa propre maison. La Société d'obstétrique et de gynécologie reconnaît d'ailleurs ce droit des mères d'accoucher dans le lieu de leur choix. Une possibilité qui s'avère souvent un leurre puisque la demande en sages-femmes et en maisons de naissance dépasse largement l'offre! Seulement 2% des femmes enceintes profitent actuellement des services d'une sage-femme. Pour 98% des femmes, le choix n'existe pas. Un sondage réalisé en 2005 pour le compte du gouvernement révélait pourtant que 24% des femmes souhaiteraient utiliser les services d'une maison de naissance ou accoucher à domicile.

Seulement 11 maisons de naissance ont été créées en 15 ans au Québec, sous l'impulsion de groupes de citoyens qui ont souvent porté le projet, parfois jusqu'à en assumer le financement. Il faudrait quatre fois plus de sages-femmes et au moins une trentaine de maisons de naissance pour répondre aux besoins.

Pourtant, dans sa Politique de périnatalité 2008-2018, le ministère de la Santé affirmait vouloir «rendre les services des sages-femmes accessibles dans toutes les régions du Québec». Sur un horizon de 10 ans, le ministère s'est donné comme objectif d'ouvrir 13 nouvelles maisons de naissance associées à autant d'établissements hospitaliers. L'objectif est que les sages-femmes soient en mesure d'assurer le suivi périnatal et d'assister l'accouchement de 10% des femmes enceintes.

Mais les actions concrètes se font toujours attendre. La volonté gouvernementale semble faire défaut, sans compter la réticence de certains médecins ou l'inertie bureaucratique. Les deux seuls projets à avoir vu le jour depuis le dépôt de la Politique de périnatalité étaient déjà en chantier avant son adoption. De quoi en exaspérer plusieurs! Au Saguenay, l'hôpital de Chicoutimi a annoncé son intention d'aller de l'avant avec le service de sages-femmes... mais seulement entre les murs de l'hôpital!

Comme les sages-femmes doivent conclure des ententes avec les médecins pour pouvoir pratiquer en maison de naissance ou à domicile, ce sont eux qui ont le dernier mot. Et quand ce ne sont pas les médecins qui mettent des bâtons dans les roues, ce sont les Agences régionales de la santé qui disent collaborer mais qui, en réalité, ne déposent aucun projet concret et ne prennent aucun engagement formel.

Fondées sur l'idée que la grossesse n'est pas une maladie, les maisons de naissance sont de plus en plus prisées par les parents qui en préfèrent la convivialité et la personnalisation du suivi sage-femme. Si certains centres hospitaliers sont moins prompts à la médicalisation à outrance, il y a encore beaucoup de médecins qui feignent de donner le choix aux femmes et qui se tournent beaucoup trop rapidement vers des interventions qui ne sont bien souvent pas nécessaires. Les sages-femmes, dont le travail est reconnu au sein d'un ordre professionnel, ont entre leurs mains tous les outils pour mener à bien un accouchement normal.

En plus, un accouchement en maison de naissance est 1000$ moins coûteux qu'en milieu hospitalier. Si près de 24% des femmes désirent accoucher en maison de naissance ou à domicile, alors que seulement 2% peuvent le faire actuellement, cela représenterait une économie annuelle de 18 millions de dollars.

Le gouvernement devrait trouver la volonté d'assumer la politique de périnatalité qu'il a lui-même produite et dont les orientations convergent avec celles des sages-femmes. Il est grand temps que cesse cette incohérence et que le gouvernement assume ses responsabilités.

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