Afghanistan: la Russie dans le camp d'Obama

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L'annonce simultanée du président Obama d'une augmentation de 30 000 hommes du contingent américain comme dernier (?) effort militaire, et d'un retrait qui doit débuter en 2011, a fait clairement pencher la balance à Moscou en faveur d'un succès de son pari.

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Jacques Lévesque

L'auteur est professeur au département de science politique de l'UQAM.

Jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Barack Obama, l'attitude de la Russie vis-à-vis la guerre en Afghanistan était marquée par une profonde ambivalence. Dans les cercles dirigeants russes, les uns souhaitaient une défaite des États-Unis et de l'OTAN, alors que d'autres en redoutaient sérieusement les conséquences et préconisaient un appui plus net à leur effort de guerre.

L'ambiguïté qui en découlait se reflétait dans les positions de Vladimir Poutine. Les choses se sont cependant décantées depuis un an et la seconde approche est maintenant distinctement prédominante.

Ceux qui souhaitent une défaite ou un enlisement considèrent que les États-Unis n'ont cessé de profiter de leur présence en Afghanistan pour étendre leur influence en Asie centrale post-soviétique, au détriment des intérêts de la Russie, en cherchant notamment à pérenniser leur présence militaire en Ouzbékistan et au Kirghizistan, acceptée initialement comme temporaire.

De plus, Washington utilise son influence dans la région pour y promouvoir l'évacuation du pétrole et du gaz par des voies qui contournent la Russie alors que celle-ci cherche le contraire pour des raisons tant économiques que géopolitiques. Enfin, Moscou estime qu'une défaite marquerait irrémédiablement la fin de l'hégémonie globale des États-Unis, accroîtrait les divisions au sein de l'OTAN et mettrait fin à sa volonté d'expansion vers l'Est.

L'annonce simultanée du président Obama, en novembre dernier, d'une augmentation de 30 000 hommes du contingent américain comme dernier (?) effort militaire, et d'un retrait qui doit débuter en 2011, a fait clairement pencher la balance à Moscou en faveur d'un succès de son pari.La perspective rapprochée d'une possible victoire des talibans y est vue comme plus immédiatement désastreuse pour la Russie que pour les États-Unis. On se souvient à Moscou que l'Afghanistan des talibans était le seul État au monde à avoir reconnu l'indépendance de la Tchétchénie. Il entraînait des combattants tchétchènes et abritait les dirigeants d'une rébellion islamiste en Ouzbékistan.

Même si la situation en Tchétchénie s'est relativement stabilisée, les attaques terroristes sont en augmentation ailleurs dans le Caucase russe. Les deux attentats suicides de mars dernier dans le métro de Moscou ont souligné la précarité d'une sécurité qu'on estimait avoir rétablie dans la capitale. En juin dernier, face aux affrontements meurtriers qui se sont prolongés au Kirghizistan avec l'incapacité du nouveau gouvernement de contrôler les forces armées, le président Medvedev évoquait le cauchemar d'une répétition du scénario qui avait favorisé l'émergence des talibans en Afghanistan.

Non seulement a-t-il favorisé le maintien de la base américaine du Kirghizistan sur lequel son nouveau gouvernement a brièvement hésité, mais la Russie, en plus de maintenir son espace aérien ouvert au transit des militaires et de l'équipement de l'OTAN vers l'Afghanistan, fournit des hélicoptères de combat et des armements légers aux forces du gouvernement afghan. Elle s'implique même dans la reconstruction et l'extension des infrastructures civiles, routes et écoles notamment, qu'elle avait mises en place à l'époque de l'occupation soviétique.

En même temps, MM. Poutine et Medvedev reprochent ouvertement aux États-Unis de ne presque rien faire pour réduire la production du pavot en Afghanistan qui génère 90 % de la production mondiale d'héroïne. De cette production, 80 % passe par la Russie et la majeure partie y demeure. Il en résulte un problème colossal et croissant pour la Russie qui est devenue, et de loin, le principal pays consommateur d'héroïne au monde en chiffres absolus. En 30 ans, le taux de mortalité chez les jeunes mâles de 25 à 29 ans a augmenté de 68 %, et de 48 % pour ceux de 30 à 34 ans. La consommation d'héroïne en serait la cause.




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