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S'il faut six ans pour un cardiologue, comment peut-on devenir médecin de famille après deux ans de résidence?

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Danny Castonguay

L'auteur est médecin-résident en médecine familiale à Montréal.

La Presse

Au début du mois de mars, 94% des postes de spécialiste ont été comblés par les finissants en médecine, contre 80% des postes en médecine familiale. Alors que le gouvernement veut améliorer l'accès aux soins de première ligne dans un système de santé où il fait cruellement défaut, cette désaffection de la médecine familiale est un véritable problème de société.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec identifie comme causes la rémunération plus basse des généralistes et le manque d'accès à des ressources de soutien, des infirmières nommément. Elle me semble confondre ses propres chevaux de bataille avec les véritables sources du problème, évoquées par les étudiants en médecine au moment de faire leur choix, par les résidents qui constatent certaines inadéquations de leur formation, et par certains médecins de famille enseignants.

Comment s'étonner que le principal motif évoqué par les étudiants soit l'impression qu'ils ne seront pas prêts, après deux ans de résidence, pour la pratique médicale? Il faut six ans de résidence pour connaître assez le coeur pour être cardiologue, il leur apparaît donc assez difficile d'en apprendre assez sur le corps entier - et l'esprit - pour être médecin au bout de deux ans.

Les études médicales sont exigeantes et ne font pas de place à l'incertitude, pourtant omniprésente dans la réalité quotidienne du médecin de famille. Une bonne partie de la solution se trouve dans un changement de la pédagogie médicale: on ne fait pas des généralistes en rompant les étudiants aux réponses exactes et définitives.

En quatre années d'études médicales, le seul vrai contact avec le travail du médecin de famille est un stage d'un mois, la moitié de la durée des stages obligatoires dans les diverses spécialités. Cette brièveté rend impossible le suivi des patients par l'étudiant.

Alors que la médecine familiale trouve son essence dans la durée, l'étudiant, pendant ce stage, se trouve souvent affecté à des activités ponctuelles de consultations sans rendez-vous. Au mieux, il voit le même patient deux ou trois fois. Intervention ponctuelle pour intervention ponctuelle, le travail du chirurgien ou de l'obstétricien lui semble plus réel, et combien plus enlevant! Il m'apparaît nécessaire d'intégrer le suivi à long terme très tôt dans la formation médicale, plutôt que d'attendre que le choix de carrière des étudiants soit déjà cimenté.

Les étudiants évoquent aussi le spectre d'une ère pas si lointaine où, pour pratiquer à Montréal, un jeune médecin devait travailler à l'urgence ou encourir une réduction de 30% de son salaire. Les étudiants reçoivent très peu d'information sur ces politiques, ce qui donne lieu à la circulation de diverses interprétations et rumeurs qui, toutefois, teintent les perceptions de façon bien réelle.

La Fédération des médecins omnipraticiens a raison quand elle s'attaque au discrédit dont est victime la médecine familiale. Il y a dans les facultés de médecine des étudiants qui, dès le premier jour de classe, disent se destiner à la cardiologie ou à la neurochirurgie. Il y a, dans ces mêmes facultés, des professeurs qui réfèrent au coeur et au cerveau comme étant «?les organes nobles?», contrairement aux reins, aux poumons et au système digestif, pauvres roturiers.

John Saul dit vrai quand il soutient qu'«en vertu du système de classe inhérent à leur profession, (les médecins) se voient de plus en plus admirés à mesure que leurs connaissances médicales se restreignent». L'étudiant le moindrement talentueux qui se destine à la médecine familiale trouve toujours sur son chemin un professeur qui veut l'en dissuader, criant au gaspillage.

Augmenter la rémunération des omnipraticiens et faciliter leur travail en augmentant les ressources dont ils disposent ne nuira pas. Par contre, la solution la plus efficace à la pénurie de médecins de famille passe par les facultés de médecine: en intervenant auprès des étudiants avant qu'ils ne choisissent une spécialité et en créant au Québec des postes de résidence attrayants en médecine familiale. Quant à la valorisation des médecins de famille, elle doit avant tout se faire dans les facultés, où leur relative absence de la formation est navrante.

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