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Un parc-plage national pour le 375e de Montréal

Est-il utopique de penser que l'on peut aménager... (PHOTO: ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Est-il utopique de penser que l'on peut aménager à Montréal un grand et magnifique parc-plage, baigné par les eaux et l'esprit du fleuve?

PHOTO: ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

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Jean-Claude Marsan

L'auteur
, architecte, urbaniste, professeur émérite à l'Université de Montréal.

Les récentes élections municipales ont fait surgir une certaine volonté de sortir Montréal de sa léthargie, de signaler sa présence au monde. On a parlé, entre autres, d'ériger un monument impressionnant à l'île Sainte-Hélène pour signaler l'entrée de la Voie maritime et d'organiser pour 2020 une exposition universelle dans la foulée du 375e anniversaire de Montréal. Or il serait possible de célébrer cet anniversaire en 2017 en inaugurant un site récréotouristique envoûtant, capable d'attirer l'attention du monde par son aménagement inédit et sa pertinence pour les valeurs de notre époque.

La métropole baigne dans un archipel unique au pays, mais il n'y a pas un seul endroit digne de ce nom où la population peut en profiter pour des loisirs nautiques. La plage de l'Anse à l'Orme du parc-nature du Cap Saint-Jacques ne manque pas d'attrait, mais elle demeure modeste, tout comme la plage du maire Doré au parc Jean-Drapeau.

Pour nombre de Montréalais, cette question peut paraître sans intérêt, notamment s'ils peuvent posséder ou louer un chalet dans les Laurentides ou les Cantons de l'Est, voire passer quelque temps au bord de la mer en Gaspésie ou aux États-Unis. Mais la majorité des citoyens sont contraints de passer l'été dans les parcs de quartier ou sur les balcons.

On n'a qu'à fréquenter le parc du Mont-Royal l'été pour apprécier ce besoin de plein air et de nature. Des familles s'y retrouvent autour de tables de pique-nique: leurs conversations animées et le batifolage des enfants trahissent bien ce goût de se retrouver en pleine nature pour échanger et se changer les idées. On les verrait bien se rassembler sur une grande plage, lieu de détente par excellence comme le sont à New York Orchard Beach et la plage de Coney Islande.

Dans le cadre d'un projet d'opinion intitulé Rêver Montréal, le quotidien La Presse a demandé récemment aux citoyens de suggérer des idées pour améliorer l'image et la vie de la métropole. Le projet d'aménager une plage s'est classé au premier rang. Plusieurs verraient cette plage au bassin Jacques-Cartier dans le Vieux-Port. C'est évident que le Paris-Plage a frappé l'imagination. Mais il s'agit là d'un aménagement adapté aux conditions parisiennes où il est impossible de jouir de grands espaces naturels et de vastes étendues d'eau. Ce n'est pas notre cas!

À Montréal, il n'est pas assuré que l'aménagement d'une plage dans le bassin Jacques-Cartier aurait le même succès qu'à Paris. Ce bassin est entouré de quais d'une hauteur considérable qui risquent de créer un effet d'emprisonnement, sa superficie serait réduite pour les amateurs de canotage. Enfin, l'eau à cet endroit est sans doute assez polluée. Ce bassin possède sa vocation propre comme lieu d'amarrage d'embarcations de plaisance, contribuant d'ailleurs beaucoup à l'ambiance des lieux.

On a perdu, dans le Vieux-Port, cet envoûtement du grand large que créait le passage des navires qui traversent les mers, reliant physiquement et symboliquement notre continent aux autres. Il y a bien à l'occasion des bateaux accostés dans les bassins King-Edward et Alexandria mais ils sont sans vie.

Or il n'est pas utopique de penser que l'on peut aménager à Montréal un grand et magnifique parc-plage, baigné par les eaux et l'esprit du fleuve, tant pour le plaisir des jeunes, la détente des familles que le contentement des bons nageurs, des amateurs de kayak et de planche à voile. Un vaste parc-plage, accessible par les transports en commun et à vélo, pouvant s'étendre sur plusieurs kilomètres, capable d'accueillir des milliers d'usagers en même temps et doté d'équipements ludiques créant une atmosphère de station balnéaire. Les usagers pourraient jouir en plus des passages fréquents de grands navires.

Le site pouvant accueillir un tel parc-plage existe, au coeur même de l'agglomération, dans la seule partie du fleuve où l'eau est peu polluée, là où le Saint-Laurent est le plus impressionnant pour sa largeur, là où l'on peut jouir du panorama le plus complet de l'île montréalaise, dominé par le mont Royal et ponctué par les gratte-ciel du centre-ville. Il s'agit du lieu créé par ce long et étroit remblai érigé pour délimiter le canal de la Rive-Sud lors de l'aménagement de la Voie maritime. Permettant aux navires de longer le bassin de La Prairie, ce remblai s'étend du parc Jean-Drapeau jusqu'à l'écluse de Côte Sainte-Catherine, soit sur une distance de quelque 15 kilomètres. Si ma mémoire est bonne, des études de faisabilité réalisées dans le cadre du projet Archipel dans les années 1990 ont montré qu'un parc plage s'avère réalisable à cet endroit.

Certains prétendront que l'hiver est trop long à Montréal pour justifier un équipement semblable. L'hiver est aussi long à Toronto et pourtant la ville possède au Beaches Park de magnifiques plages sur le lac Ontario, à quelques kilomètres du centre-ville. Même chose à Vancouver, à English Bay et à Stanley Park. C'est précisément parce que l'été est court que la population devrait pouvoir en profiter davantage.

Pour accéder à ce parc-plage du bassin de La Prairie, les usagers n'auraient qu'à se rendre à la station de métro de l'île Sainte-Hélène et emprunter là une navette circulant sur toute la longueur du parc plage. Ou encore, se rendre à l'île des Soeurs où une autre navette les mènerait à destination en circulant sur l'estacade parallèle au pont Champlain. Les cyclistes auraient également la possibilité d'y accéder directement en empruntant le pont de la Concorde ou cette estacade.

Les villes ne se distinguent pas uniquement par leurs monuments d'architecture, mais également par l'originalité et la qualité de l'aménagement de leurs sites. À son échelle, la ville de Québec nous en fournit un excellent exemple avec sa promenade Samuel-De Champlain. Si Québec a réussi à se démarquer en donnant ainsi accès au fleuve à ses citoyens, pourquoi Montréal ne serait pas capable d'en faire autant?

Comme le remblai du bassin de La Prairie est de propriété fédérale, le projet pourrait être financé conjointement par les gouvernements canadien et québécois, réalisé et géré par Parcs Canada. Cette agence pourrait ainsi contribuer à célébrer le 375e anniversaire de Montréal et à commémorer l'existence de la Voie maritime du Saint-Laurent par un aménagement inédit combinant symbole, utilité et convivialité.

Montréal est capable de mettre de l'avant un tel concept innovateur et réaliser un parc-plage qui aura un écho dans le monde pour sa mise en valeur de l'environnement et sa contribution à la qualité de vie des citadins. Tout ce qu'il faut, c'est du leadership, de la détermination et des créateurs de lieux de rêve. En sept ans, tout cela peut se matérialiser!




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