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Très engagés, les jeunes rejettent la politique traditionnelle

Répondant à Génération d'idées, des jeunes manifestaient pacifiquement... (PHOTO: FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE)

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Répondant à Génération d'idées, des jeunes manifestaient pacifiquement plus tôt cet été devant le square Dorchester, à Montréal.

PHOTO: FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

 

Sharon Manson Singer

Les conjectures concernant les élections ont commencé, et il est presque autant à la mode dans les médias de réfléchir au désengagement des jeunes du processus démocratique que de faire des hypothèses sur la date des prochaines élections fédérales.

Les jeunes sont souvent décrits comme des gens centrés sur eux-mêmes, peu informés et tout à fait désintéressés de la vie politique et civique. Ce point de vue les rend responsables du déclin de la démocratie et met l'accent sur la nécessité de trouver une façon de les intéresser à nos institutions politiques avant qu'il ne soit trop tard.

Rien n'est plus éloigné de la vérité.

Les Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques (RCRPP) ont commandé une série d'articles sur l'engagement politique et civique des jeunes au Canada afin de dépasser l'interprétation de surface de la culture des jeunes. Les chercheurs ont constaté que les jeunes sont non seulement très engagés dans les causes, les organisations et les initiatives civiques locales et internationales, mais qu'ils sont des communicateurs avisés et des réseauteurs avertis, solidement et manifestement attachés au principe de la démocratie.

Les jeunes du Canada ont exprimé clairement leur mécontentement à l'égard de la politique officielle dans nos dialogues et nos ateliers délibérants, et ce sentiment mérite notre attention. Toutefois, ce seul fait en dit autant sur nos institutions politiques que sur nos jeunes.

La série d'articles du RCRPP met en lumière le fait que l'engagement des jeunes dans la vie politique est souvent mal compris et dénaturé. Les jeunes définissent l'engagement politique dans des termes nettement différents de ceux des générations précédentes, en mettant davantage l'accent sur l'action individuelle que sur la participation institutionnelle.

Les jeunes rejettent fortement la politicaillerie partisane et sont intolérants à l'égard de l'appareil lent et hiérarchique des institutions politiques traditionnelles. Ils sont plus actifs dans les manifestations politiques que leurs aînés, font plus de bénévolat dans des organismes dont la cause leur tient à coeur, mobilisent en ligne et hors ligne des réseaux sociaux et politiques impressionnants et efficaces, et sont plus susceptibles de s'engager dans la «consommation citoyenne» ? le boycottage de ce qui est acheté et du lieu où il est acheté ? en tant que forme d'expression politique.

Les jeunes du Canada sont nombreux à éviter la politique traditionnelle pour influer sur les changements, mais cela ne signifie pas qu'ils ne travaillent pas à améliorer le monde. Dans nos consultations avec les jeunes, nous avons constaté qu'ils définissent l'engagement politique selon leurs propres termes et non ceux des partis politiques. Ils sont nombreux à se sentir aliénés des partis politiques traditionnels, qu'ils trouvent égocentriques et dédaigneux des opinions des jeunes; il ne s'agit pas d'apathie mais d'une compréhension claire d'un fossé générationnel.

Les chercheuses et les chercheurs des RCRPP ont constaté que la jeunesse canadienne a l'impression d'avoir peu de pouvoir quant aux priorités fixées par les gouvernements et à l'efficacité de ces derniers. Les jeunes ne croient pas que l'adhésion à un parti politique constitue un moyen efficace pour changer la société. Selon eux, l'adhésion à un groupe de revendication ou la participation à une manifestation licite constituent des approchent positives qui favorisent le changement. La plupart des jeunes préfèrent un engagement «direct», ce que les institutions politiques traditionnelles n'offrent généralement pas.

Les jeunes «n'ignorent» pas ce qui se passe relativement à la vie civique, comme il est souvent affirmé, mais ils se renseignent et partagent de l'information dans des communautés très spécialisées et circonscrites et tire ces données d'autres sources que les journaux grand format traditionnels. À bien des égards, les jeunes d'aujourd'hui sont plus informés et plus avisés en matière de médias que leurs parents ou grands-parents ne l'étaient au même âge, et ils ont accès à des sources d'information plus spécialisées et plus diversifiées.

Nos institutions politiques traditionnelles peuvent apprendre beaucoup de choses des jeunes Canadiens. Les gouvernements ont été lents à comprendre et à utiliser le pouvoir des technologies de l'information et des communications pour transformer les relations entre les citoyens et les décisionnaires, ainsi qu'à embrasser les pratiques participatives que les jeunes utilisent et exigent. Favoriser la participation des citoyens, surtout de nos jeunes, ne peut que rendre nos institutions plus solides, plus efficaces et plus réceptives aux valeurs et aux besoins de toute la population canadienne.

Les jeunes accordent aussi de l'importance à la transparence et la reddition de comptes. Ils savent qu'il existe maintenant une technologie qui permet une «gouvernance ouverte». À titre d'exemple, un grand nombre de jeunes participent au mouvement pour un «gouvernement ouvert», lequel exige l'accès en ligne à toutes les données brutes en des temps appropriés et de façon ouverte et transparente, sans obstacle politique. Un tel accès rapide aux données gouvernementales pourrait complètement transformer nos institutions et stimuler fortement l'engagement civique tel que nous le concevons.

Il est temps que le paysage politique accueille les jeunes en tant que partenaires du renouveau civique et démocratique de ce pays. Il ne s'agit pas uniquement de faire voter les jeunes mais de traiter des questions qui les touchent profondément, de les faire participer directement de façon respectueuse, de trouver des méthodes participatives, y compris en ligne et dans les médias sociaux, d'aller vers eux, de communiquer avec eux et de leur rendre des comptes.

Comme l'a dit un jeune participant dans le cadre de nos dialogues avec les jeunes: «Nous voulons que notre gouvernement ne soit pas quelque chose d'intouchable, mais plutôt une communauté dans laquelle chacun peut s'exprimer, où on écoute et on se penche vraiment sur les questions soulevées.»

Les jeunes veulent savoir que leurs voix sont entendues et que leur participation est importante. Pourquoi devrait-il en être autrement?

Le temps est venu d'arrêter de parler de «déficits démocratiques» et blâmer la jeunesse. Nous devons plutôt nous appliquer à approfondir notre compréhension de l'engagement politique et civique et nous éloigner de la partisanerie politique. Les jeunes sont déjà rendus à cette étape.

L'auteure est présidente des Réseaux canadiens de recherche en politiques publiques (RCRPP), un groupe de réflexion d'avant-garde non partisan qui a pour mission de mener de la recherche sur les politiques socioéconomiques et l'engagement.

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