Quand on tue les malades

Un membre de la sécurité civile court vers... (PHOTO AMMAR ABDULLAH, REUTERS)

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Un membre de la sécurité civile court vers une ambulance après le bombardement d'un hôpital de la ville de Millis, dans le nord de la Syrie, le 6 août dernier.

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Pascale Breton

Directrice principale, section Débats

La Presse

L'inacceptable est en train de se normaliser dangereusement en Syrie - et dans plusieurs autres pays en guerre - alors que les attaques et les bombardements d'hôpitaux sont non seulement répétitifs, mais ciblés.

Les membres du Conseil de sécurité de l'ONU ont pourtant voté à l'unanimité, en mai dernier, une résolution visant à stopper cette recrudescence de violence envers ces lieux, des sanctuaires selon le droit international. Un geste de lucidité devant la barbarie croissante.

En Syrie, les attaques envers des hôpitaux et des installations sanitaires se sont multipliées depuis le début de l'année, tuant des centaines de médecins, infirmières, travailleurs de la santé... et patients.

C'est à la suite d'une attaque particulièrement meurtrière dans un hôpital d'Alep au printemps - tuant notamment le dernier pédiatre de la région - que les membres du Conseil de sécurité ont exigé que des mesures efficaces soient mises en place pour que l'effroyable ne se reproduise plus. Un rapport doit faire état de la situation annuellement.

Depuis, le portrait n'a malheureusement guère changé dans ce pays dévasté par la guerre où, faut-il le rappeler, quatre des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU sont impliqués ou font partie de la coalition.

Au point où on réalise aujourd'hui que les travailleurs de la santé et leurs patients, généralement des femmes et des enfants vulnérables, sont devenus des cibles.

Comment expliquer, sinon, qu'un hôpital soutenu par Médecins sans frontières à Millis, un village du nord de la Syrie éloigné des combats, ait été touché par des frappes aériennes le week-end dernier ? Deux des quatre missiles ont frappé l'enceinte, faisant 13 morts, dont 5 enfants. Détruit à 80 %, l'hôpital qui dessert 70 000 personnes est maintenant fermé.

Lundi, c'est au Pakistan qu'un attentat-suicide visant une foule en deuil réunie devant un hôpital a fait 70 morts et une centaine de blessés.

En juin, l'Unicef déplorait pour sa part trois attaques d'hôpitaux en Syrie en moins de trois heures, dont l'un spécialisé en soins pédiatriques où des nouveau-nés ont été sauvés in extremis.

« On voit cela de l'extérieur et on commence à être moins choqué, on assiste à une normalisation de la violence. Mais il faut rappeler que c'est un crime de guerre », dénonce le directeur général de MSF Canada, Stephen Cornish.

De fait, les pays ont l'obligation de protéger les travailleurs de la santé et les hôpitaux. Pourtant, les violations du droit international humanitaire se produisent trop souvent pour simplement parler « d'erreurs ».

Le pouvoir de la communauté internationale est certes limité. Mais notre silence cautionne ces crimes de guerre. Chaque attaque doit être décriée. Nos gouvernements - dont le Canada - doivent systématiquement les dénoncer. L'exigence du respect du droit international doit faire partie intégrante des discussions entre les pays et des pourparlers pour un cessez-le-feu.

L'inhumain ne doit pas devenir la norme.

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