Un peu de dignité, Dr Barrette

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« Une étude démontrait récemment qu'on administre beaucoup trop d'antipsychotiques aux personnes âgées », écrit Pascale Breton.

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La question n'est pas de savoir combien de bains ou de douches par semaine devraient être donnés aux personnes vivant dans les CHSLD.

La fréquence des soins d'hygiène est le symptôme d'un mal bien plus profond : le non-respect de la dignité au quotidien pour les usagers des CHSLD.

Ce n'est pas faute de dénonciations. Québec croule sous les rapports critiquant le manque de personnel, la surmédication des personnes âgées, la pauvreté des soins à domicile - faisant en sorte que l'unique recours est le CHSLD -, la mixité de patients agressifs et déments avec les autres usagers, la nécessité de regrouper dans des unités séparées les jeunes - les moins de 65 ans - dont les besoins ne sont pas les mêmes...

Faut-il s'étonner, dans ce contexte, que le Québec en soit rendu à débattre publiquement du nombre de bains qu'il serait acceptable de donner ? Qu'une femme atteinte de sclérose en plaques se cherche une famille d'accueil sur Kijiji pour éviter d'habiter dans un CHSLD (comme le rapportaient cet hiver des médias de Québec) ? Qu'un homme comme François Marcotte, 43 ans, atteint lui aussi de sclérose en plaques, recoure au sociofinancement pour se laver ?

S'appuyant sur l'avis d'experts, le ministre Gaétan Barrette soutient que dans la majorité des cas, un lavage à la débarbouillette est plus approprié qu'un bain. Pensons par exemple à une personne âgée démente et recroquevillée dans son lit. L'explication se défend.

Ce qui ne se défend pas, toutefois, c'est qu'on applique une norme unique, peu importe la condition ou l'âge de l'usager.

Ce qui ne se défend pas, c'est que même le lavage à la débarbouillette passe dans le tordeur administratif. Ainsi, François Marcotte a été contraint de réclamer qu'on lui lave aussi le dos et non pas seulement les « endroits du corps les plus à risque d'humidité ». Une demande qui lui a été refusée !

Il faut repenser les façons de faire. C'est impératif au moment où la population québécoise est parmi celles qui vieillissent le plus vite et où le coût des soins aux personnes âgées promet de grimper encore.

Une étude démontrait récemment qu'on administre beaucoup trop d'antipsychotiques aux personnes âgées, ce qui les rend amorphes, accentue le risque de chutes et coûte cher au système de santé. Le Québec, triste champion des prescriptions d'antipsychotiques au Canada, pourrait économiser jusqu'à 41 millions. Voilà autant d'argent qui pourrait être réinvesti à bon escient.

Pour améliorer la vie quotidienne dans les CHSLD, commençons par sortir des petites cases et des grilles d'analyse dans lesquelles on tente de faire entrer tous les usagers, qu'ils aient 40 ou 85 ans, qu'ils soient atteints de sclérose en plaques ou d'Alzheimer.

N'oublions pas que ces établissements sont des milieux de vie. Les usagers y vivent jusqu'à la fin de leurs jours. Faisons en sorte que ce soit dans la dignité.

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