La banquedes démunis

« Les banques alimentaires ne seront jamais qu'un baume... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Les banques alimentaires ne seront jamais qu'un baume sur un mal qui ne cesse de grandir puisque nos sociétés ne s'attaquent pas à ses racines », souligne Pascale Breton.

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Les banques alimentaires devraient agir comme un pansement temporaire. Elles sont plutôt devenues une réponse permanente à la pauvreté.

Confrontées à une demande croissante, particulièrement depuis la crise économique de 2008, les banques alimentaires ne seront jamais qu'un baume sur un mal qui ne cesse de grandir puisque nos sociétés ne s'attaquent pas à ses racines, comme le démontrent nos collègues Katia Gagnon et Martin Tremblay dans une bouleversante série sur la faim.

L'équation est simple. Les dépenses des ménages sont en hausse : coût des logements locatifs, tarifs d'électricité, transport, prix du panier d'épicerie, la facture ne cesse d'augmenter.

Un récent rapport du Directeur de santé publique de Montréal révélait que plus de 40 % des Montréalais versent le tiers de leur budget pour se loger. Quatre sur dix y consacrent plus de la moitié de leurs revenus.

Entre deux choix impossibles - avoir un toit sur la tête ou mettre quelque chose dans leur assiette -, plusieurs en sont réduits à opter pour ce qui est un tant soit peu compressible. Pas étonnant que les banques alimentaires fracassent de tristes records de fréquentation.

On trouve bien des enfants parmi les bénéficiaires. Un petit Canadien sur cinq vit dans la pauvreté. La situation est encore plus dramatique dans certaines communautés autochtones ou d'immigration récente. Pourtant, 37 % de ces enfants grandissent dans des ménages où les deux parents travaillent. Comment se fait-il que leurs revenus ne permettent pas d'offrir à leur famille une vie décente, de remplir le frigo ou d'envoyer les enfants à l'école le ventre plein ?

Les responsables des banques alimentaires ou d'autres organismes du genre sont conscients que leur contribution est une lame à deux tranchants : elle finit par faire oublier les causes de la pauvreté et l'obligation de s'y attaquer.

« Ce qu'on enseigne aux enfants, c'est que pour aider les pauvres, il faut donner une conserve de notre garde-manger », illustre d'ailleurs Paul Taylor, qui dirige un organisme d'aide dans un secteur défavorisé de Toronto, dans le reportage de nos collègues.

On oublie aussi que la pauvreté n'est pas qu'une affaire de biens matériels. Pour se débrouiller avec presque rien, il faut apprendre à user d'ingéniosité et d'organisation, particulièrement pour cuisiner des repas équilibrés. Sans compter que la pauvreté ne vient pas seule. Elle s'accompagne trop souvent de problèmes de santé ou de difficultés à l'école. Les organismes communautaires ne donnent pas seulement des provisions, ils n'offrent pas seulement des repas. Ils tentent d'aider les bénéficiaires à s'en sortir. Peut-on se passer de cette aide ? Certainement pas.

Reste que c'est à l'État de lutter contre la pauvreté en s'attaquant à ses causes.

Cela passe notamment par des mesures qui assurent un revenu décent ou des politiques qui favorisent la construction de logements abordables. Guérir le mal sera toujours plus efficace qu'appliquer un sparadrap.

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