Le symbole des disparités

L'enseignante Anik Roussin, de l'école des Pins, à... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

Agrandir

L'enseignante Anik Roussin, de l'école des Pins, à Oka, a remplacé les pupitres de sa classe - «vieux, rouillés, grafignés» - par du mobilier «en bon état» trouvé dans les ordures de l'Académie Sainte-Thérèse, à Rosemère.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

L'image est puissante : l'école publique fouillant dans les poubelles de l'école privée pour récupérer le vieux mobilier jeté aux ordures. Bien qu'anecdotique, cette histoire nous confronte à des évidences troublantes.

Contrairement à ce qu'on voudrait croire, toutes les écoles ne sont pas sur un pied d'égalité. L'écart se creuse entre le public et le privé, mais aussi entre les écoles publiques, selon les quartiers et les milieux.

Il est facile d'attribuer aux écoles privées la responsabilité de tous les maux du public, comme certains le font en réclamant que l'État diminue dans leurs subventions. Or, des études l'ont démontré et la Commission de révision permanente des programmes en est arrivée à la même conclusion : il serait plus coûteux pour Québec de cesser de subventionner le privé, d'autant plus que le réseau public devrait alors accueillir des milliers de jeunes de plus.

Ce constat fait, la problématique du clivage demeure. Le symbole illustrant cette disparité entre les écoles aisées et défavorisées est le mobilier usé à la corde. Quand une enseignante d'une école publique recueille, dans sa voiture, les vieux pupitres d'une école privée, abandonnés sur le bord de la route pour le ferrailleur, comme le rapportait La Presse cette semaine, c'est gênant.

« Je ne pense pas que les écoles publiques en soient réduites à ça. Les budgets pour le mobilier scolaire sont restés les mêmes », a réagi le ministre François Blais. Il a raison : le budget alloué aux commissions scolaires pour le mobilier et l'équipement est passé de 87 millions, en 2010-2011, à près de 96 millions, aujourd'hui.

Mais la réalité mérite d'être nuancée. Beaucoup d'écoles se plaignent de ne jamais voir la totalité de cet argent. Il n'est pas rare que des enseignants achètent du matériel - des livres, des meubles, même des ventilateurs ! - de leur poche ou en apportent de la maison parce que l'école n'a pas de budget. Et ça ne tient pas compte des problèmes de structure ou de moisissures qui touchent certaines écoles en raison d'un déficit d'entretien récurrent, mais c'est un autre sujet.

Parce qu'elles sont plus récentes, plus populeuses (le financement suit le nombre d'élèves) ou qu'elles bénéficient du soutien d'une fondation qui finance des projets ou l'achat de matériel, certaines écoles publiques s'en tirent mieux que d'autres.

Il reste que le marchandage actuel accentue le fossé. Parents et élèves « magasinent » de plus en plus les écoles secondaires, surtout au privé, mais aussi dans le réseau public. Les établissements d'enseignement se font compétition pour offrir les programmes les plus attrayants, du matériel technologique à la fine pointe, des projets novateurs, des activités parascolaires en grand nombre.

Dans ce contexte, le mobilier d'une école devient l'image la plus frappante des disparités qui ne cessent de grandir et qu'on s'entête à nier.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer