Victimes amoureuses

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« Le milieu du sport est complexe. La proximité, le contrôle et la quête de performance s'entremêlent, créant une bulle entre un entraîneur et son athlète », rappelle Pascale Breton.

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Qu'on se le dise, une relation consensuelle entre un entraîneur et son protégé d'âge mineur n'existe pas. Ce n'est pas une relation amoureuse, mais une agression.

Une étude québécoise publiée dans la revue Journal of Interpersonal Violence démontre que 5,4 % des adolescents âgés de 14 à 17 ans qui ont été victimes d'une agression sexuelle ont été agressés par un entraîneur, qu'il s'agisse de sport de haut calibre ou récréatif.

Plus troublant encore, 1,2 % de ces jeunes dont l'agression est survenue au cours des 12 derniers mois ne se considéraient pas comme des victimes, y voyant plutôt une relation consentante.

La loi canadienne est claire : en aucun cas, un adulte en position d'autorité ne peut établir de relation amoureuse et intime avec un mineur. On n'accepte pas qu'un professeur courtise son élève ; il en va de même pour un entraîneur et son poulain.

L'étude de Sylvie Parent, de l'Université Laval, survient au moment où le monde du sport québécois est secoué par une triste affaire : l'ex-entraîneur de l'équipe nationale junior de ski, Bertrand Charest, est accusé de contacts et d'agressions sexuelles à l'endroit de 11 anciennes athlètes. Au moment des faits, elles étaient mineures et plusieurs avaient le sentiment de vivre une relation exclusive et particulière avec lui.

L'adolescence est une période cruciale où le jeune découvre l'attirance, l'intimité et se construit une personnalité en se référant aux modèles qui l'entourent. Quand un adulte en situation d'autorité, en qui il accorde sa confiance, agit d'une manière perverse, les séquelles peuvent se faire sentir longtemps, au point de détruire une vie, et ce, même si l'adolescent a l'impression d'être amoureux.

Quelle que soit l'attirance, c'est à l'adulte que revient le devoir d'établir une distance.

Le milieu du sport est complexe. La proximité, le contrôle et la quête de performance s'entremêlent, créant une bulle entre un entraîneur et son athlète. Si l'influence du coach est positive et souvent déterminante, elle ne doit pas se transformer en un jeu de pouvoir - tant physique que psychologique - où l'entraîneur finit par gérer toutes les facettes du quotidien.

La confiance de l'athlète et de ses parents envers un entraîneur est un élément clé du succès, mais la vigilance est toujours de mise. En faisant sentir leur présence et leur implication, les parents envoient le signal que des limites ne doivent pas être dépassées. L'entourage doit aussi se montrer à l'écoute pour détecter des signaux d'alarme potentiels.

Des scandales qui ont touché le monde du sport, ici comme ailleurs, ont donné lieu à des campagnes de sensibilisation, mais ce n'est pas suffisant. D'autres problèmes comme l'intimidation et les commotions cérébrales ont provoqué une mobilisation concrète ; les jeunes athlètes méritent la même attention.

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