Une commission? Oui, mais...

Le piège est grand qu'une telle initiative se... (Photo Thinkstock)

Agrandir

Le piège est grand qu'une telle initiative se transforme en exutoire collectif. La réussite commande une réflexion et le mandat doit être ciblé.

Photo Thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le pire qui pourrait arriver est que les voix se taisent. Que ces centaines de femmes qui ont pris la parole pour dénoncer les agressions sexuelles soient réduites au silence et qu'on n'en retienne rien.

Faut-il pour autant une commission parlementaire calquée sur celle de «Mourir dans la dignité», comme certains le réclament? Le piège est grand qu'une telle initiative se transforme en exutoire collectif. Il faut l'éviter à tout prix. La réussite commande une réflexion et le mandat doit être ciblé. De quoi veut-on parler exactement?

Le mouvement de dénonciations a soulevé le couvercle d'un large débat: des jouets, sexistes dès le berceau, aux «jokes de mononc'», du harcèlement en milieu de travail aux attouchements et aux viols. Le risque d'une commission parlementaire est de parler de tout, mais de n'agir sur rien.

Le mandat clair de la commission «Mourir dans la dignité» a favorisé son succès. Les parlementaires ont entendu une trentaine d'experts avant de rédiger un document de consultation qui a servi à la commission itinérante qui s'est tenue dans huit villes. Ils ont ensuite mis près d'une année à rédiger leur rapport.

La rigueur et le temps - plus de trois ans entre la motion autorisant la commission parlementaire et le dépôt d'un projet de loi - ont permis des résultats concrets. Raison de plus pour cibler le débat concernant les agressions sexuelles, sujet encore plus vaste que celui du droit de mourir dans la dignité.

Le processus judiciaire et le soutien aux victimes sont certainement des volets à améliorer. À peine une agression sur 10 est dénoncée. Les organismes d'aide, comme la trentaine de centres d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles (CALACS), ont des ressources limitées. Ils sont absents dans le Nord québécois, même si les femmes autochtones sont plus à risque de violence.

La digue qui vient de sauter doit entraîner des changements. Quand on pense qu'un agresseur sur cinq a moins de 18 ans et que les deux tiers des victimes sont mineures, on se rend compte de l'importance d'aborder le sujet avec les jeunes.

À long terme, l'éducation est profitable. Des campagnes de sensibilisation ont eu un effet positif. Il ne nous viendrait plus à l'esprit de lancer nos papiers à la rue, comme il y a 40 ans; on commence à comprendre que l'alcool au volant, c'est criminel.

La prise de parole collective concernant les agressions sexuelles doit faire en sorte que l'on en parle ouvertement, souvent, clairement. Le sujet ne doit plus être tabou.

Une commission parlementaire? Oui... à la condition que son mandat soit clairement défini. Elle doit aussi s'accompagner de davantage de prévention. Le bilan du Plan d'action gouvernemental en matière d'agressions sexuelles, qui est attendu sous peu, pourra certainement offrir des pistes d'actions.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer