La «familiphobie»

Mario Roy
La Presse

Un nouveau terme est né, la «familiphobie», qui a fait descendre au moins 100 000 citoyens dans les rues de Paris et de Lyon, hier. Ces marches étaient organisées par le mouvement «Manif pour tous», créé pour lutter contre le mariage gai, légalisé en France en mai 2013 malgré l'opposition. En ciblant cette nouvelle phobie, le mouvement étend son combat à tout ce qu'il estime être une menace pour la famille.

Et des menaces, il en voit plusieurs. La procréation médicalement assistée accessible aux couples lesbiens. Le recours aux mères porteuses. L'introduction à l'école de la théorie dite du genre.

Sommes-nous là en présence d'un Tea Party français, comme l'affirme le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls? Pas exactement. Le mouvement français est de nature strictement morale. Et l'Église catholique est ouvertement impliquée dans «Manif pour tous»... sans cependant faire obstacle à l'oecuménisme: hier, les musulmans étaient nombreux à la tête de la manifestation pour dénoncer les unions homosexuelles.

***

Il ne faut pas prendre l'affaire à la légère: ce courant ultraconservateur possède des racines profondes en France. Au Québec, hypnotisés que nous sommes par les excès de la droite chez nos voisins du Sud, il est facile d'oublier que l'Europe a été aux XIXe et XXe siècles le berceau des doctrines extrêmes. Or, «Manif pour tous» a mobilisé à plusieurs reprises depuis 18 mois des foules considérables et compte sur des appuis ailleurs en Europe. Le mouvement a tendance à entraîner dans son sillage des groupuscules assez nauséabonds, racistes, homophobes et potentiellement violents. Hier, par exemple, la police a interpellé 12 militants du Groupe Union Défense (GUD), une mouvance étudiante réputée pratiquer l'intimidation et l'assaut.

Et la «familiphobie», elle? Un épouvantail, affirme-t-on dans les officines ministérielles du gouvernement Ayrault.

Non, l'élargissement de l'accès à la procréation assistée et aux mères porteuses (la gestation par autrui, dans le jargon bureaucratique) n'est pas au menu du projet de loi sur la famille qui sera bientôt déposé. Quant à la théorie dite du genre, non, elle n'a pas gangrené les écoles par le biais d'un programme scolaire que «Manif pour tous» assimile aux gender studies à l'américaine et à certaines théories abracadabrantes sur l'identité sexuelle. Comme épouvantail, on ne trouve pas mieux, en effet!

Politiquement, cette contestation met un peu tout le monde dans l'embarras. À droite, l'Union pour un mouvement populaire (UMP) doit se méfier à la fois de la désertion d'une partie de son électorat et d'une trop grande proximité avec cette sorte de «rue». Chez les socialistes, on voit encore une fois le président François Hollande bousculé, ce dont il n'a vraiment pas besoin...

Les enjeux sociétaux, nous-mêmes ne le savons que trop bien, ne font pas bon ménage avec la politique politicienne.




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