La Charte, prise 2

Mario Roy
La Presse

Peut-être faut-il tout de suite se faire à l'idée que, lorsque la commission parlementaire sur la Charte des valeurs* aura achevé ses travaux, il n'y aura toujours pas de consensus. Entre la consultation Bouchard-Taylor de 2007 et celle qui s'ouvre à Québec, demain, plus de 1100 mémoires auront pourtant été reçus, plus ou moins 300 témoignages personnels auront été entendus.

Peut-on faire davantage? Non.

Et pourquoi ce torrent de mots pourrait-il être insuffisant pour délimiter la place de la religion dans notre société? Il y a plusieurs raisons à cela.

Premièrement, aucun pays n'est vraiment parvenu à régler le problème.

Selon son goût, chacun donne la France ou la Grande-Bretagne comme des exemples à imiter ou à éviter. Or, ces nations, qui ont des positions radicalement différentes, laïcité stricte contre multiculturalisme, n'échappent ni l'une ni l'autre aux crises et aux remises en question. Pas plus que la Scandinavie et les Pays-Bas, modèles de tolérance. Ou les États-Unis, haut lieu du laisser-faire. Ou même les pays musulmans qui, en particulier depuis le changement de garde politique en Turquie et les divers printemps arabes, renouent parfois violemment avec ces débats, y compris sur le voile.

Deuxièmement, le tabou interdisant de critiquer les religions elles-mêmes occulte des données fondamentales du problème - la composante politique de l'islam est l'un de ces éléphants dans la pièce.

Une religion n'est pas une race, une couleur, une origine nationale, un sexe, dont chacun hérite à la naissance. Elle est une idée acquise, une conception du monde que l'on adopte... ou que l'on se fait imposer. Elle est égale en cela aux idées politiques, ou sociales, ou philosophiques, dont la critique constitue un trait essentiel des sociétés libres.

Troisièmement, on sous-estime la puissance de la religion.

Actuellement, cette puissance s'accroît partout dans le monde. La pression - et pas seulement celle de l'islam - est organisée, soutenue, s'exerce dans la plus petite école de quartier comme dans les hautes instances de l'ONU. En outre, il y a une logique irréfutable dans le désir des croyants de répandre leurs idées tout aussi irréfutables, même si elles sont incompatibles entre elles, du bonheur éternel.

Quatrièmement, l'affaire est à ce point émotive que les dérapages ont à ce jour été virulents, capables de saccager le débat. Est-il utile d'en donner des exemples, y compris lors des audiences de la commission Bouchard-Taylor? ...

Sous ce rapport, optimiste ou non quant aux résultats des travaux de la commission parlementaire, chacun peut contribuer à ce que, au moins, ils se déroulent dans la sérénité.

* Précisément: Charte affirmant les valeurs de laïcité et de neutralité religieuse de l'État ainsi que d'égalité entre les femmes et les hommes et encadrant les demandes d'accommodement (projet de loi 60).




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