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Depuis le retour du PQ au pouvoir, il se passe rarement trois jours sans que le gouvernement de Pauline Marois annonce un nouveau festival du bavardage.

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Une petite moquerie jadis à la mode voulait qu'un gouvernement libéral s'acoquine aux vendeurs d'asphalte et un péquiste, aux... vendeurs de mots. C'est injuste: tous les gouvernements adorent les mots. En septembre dernier, même Washington se signalait en recevant un prix Ig Nobel pour un «rapport sur les rapports recommandant la préparation d'un rapport sur les rapports»*.

Néanmoins, il est exact que le Parti québécois a un faible pour les mots et les structures de papier. Depuis son retour au pouvoir, il se passe rarement trois jours sans que le gouvernement de Pauline Marois annonce un nouveau festival du bavardage.

Les plus récents?

Des assises nationales de la recherche et de l'innovation, distinctes du Sommet sur l'enseignement supérieur. Une consultation sur la laïcité, venant en sus de la regrettée commission Bouchard-Taylor. Ainsi que, nous citons, un «comité sur les conditions d'emploi des titulaires en provenance de l'extérieur qui accèdent à des emplois supérieurs dans la fonction publique».

Mais il reste encore tant à dire... Dans son discours d'ouverture de session, en octobre, la première ministre avait également prévu un groupe d'action ministériel pour la mise en oeuvre des projets d'investissement privé. Un groupe de travail sur la création d'une assurance-autonomie. Un secrétariat au développement nordique. Une agence des transports. Une banque de développement économique.

Et c'est sans parler d'un forum sur les redevances minières, d'une commission sur le prix unique du livre, d'un groupe de travail sur les coopératives de santé et d'un autre sur la philanthropie culturelle...

***

On peut se moquer, bien sûr. Mais tout ça finit par coûter très cher.

Des trois conclusions auxquelles peut en arriver un comité (groupe de travail, commission, table, colloque, etc.), seul le tablettage du rapport qui en est issu fait cesser la dépense. Sinon, un machin ad hoc produit essentiellement un appel de ressources.

Soit il recommande ou prodigue des subventions. Ce qui fut fait, en décembre, lors d'un colloque sur la crevette nordique du golfe du Saint-Laurent. Or, le Québécois a déjà accès à plus de 1800 programmes de subventions!

Soit il recherche la permanence, généralement sous la forme d'une nouvelle structure. Laquelle s'ajoutera alors aux 213 ministères et organismes que compte actuellement l'État québécois. C'est neuf de plus qu'en 1997, alors qu'un groupe de travail reprenait un rapport de 1986 et recommandait dans un nouveau rapport d'en éliminer 108!

Sachant cela, on est terrifié à l'annonce d'un comité de suivi d'un groupe de travail sur la simplification réglementaire et administrative (ça ne s'invente pas). Pronostic: dans la vraie vie, pas celle des mots, il ne se passera rien. Uniquement au ministère du Revenu, existent 565 guides et formulaires dont l'un propose déjà, ô ironie, la «renonciation au régime d'imposition simplifié»...

Au total, un jeune gouvernement minoritaire qui a déjà beaucoup souffert de ses mauvaises décisions peut fort bien décider de ne plus rien décider. Et, en ce cas, cette sorte de liturgie de la parole constitue une planche de salut.

* Les prix Ig Nobel récompensent des travaux de recherche inusités. Le rapport en question, coté GAO-12-480R, a été déposé en mai dernier.

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