Avant de voir Zero Dark Thirty

Ce sont les historiens, non les gens de... (Columbia Pictures)

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Ce sont les historiens, non les gens de cinéma, qui jugeront le raid d'Abbottabad. Sur la photo, une scène du film Zero Dark Thirty, de Kathryn Bigelow.

Columbia Pictures

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Avant même d'être projeté en salles, le film Zero Dark Thirty (Opération avant l'aube) alimente de féroces polémiques. Aucune ne porte sur la qualité de l'oeuvre de la réalisatrice Kathryn Bigelow que, dès vendredi, le public pourra évaluer. Non, la controverse est plutôt de nature historique et morale.

Ainsi, le film montre des scènes de torture se déroulant dans le cadre de la traque d'Oussama ben Laden. D'où la question: est-ce bien de cette façon que les choses se sont produites?

Comme un fait exprès, l'interrogation surgit au moment où Barack Obama nomme John Brennan à la tête de la CIA. Un homme qui, sous l'administration Bush, avait pris position en faveur des «techniques d'interrogatoire renforcées» - on pense tout de suite au waterboarding, la noyade simulée.

Bref, de la CIA au Sénat en passant par Hollywood, les cris d'indignation autant que les démentis se succèdent, sans qu'on puisse situer exactement l'endroit où loge la vérité.

Chose certaine, ce n'est pas la torture, mais des enquêtes plus longues et complexes (décrites dans l'ouvrage Chasse à l'homme, de Peter Bergen) qui ont conduit les services de renseignement à la petite forteresse d'Abbottabad, au Pakistan. Et ont permis une évaluation éclairée de la possibilité que ben Laden s'y trouve réellement. En dépit de quoi, avant le raid du 2 mai 2011, on n'en a jamais été totalement convaincu.

***

Une autre chose est sûre: moralement, la torture n'est jamais défendable. Cependant, il en va tout autrement de l'opération des Navy SEALs effectuée en territoire pakistanais et qui devait conduire à la mort du leader d'Al Qaïda.

Nul doute que Zero Dark Thirty va rouvrir des plaies mal cicatrisées dans les relations entre les États-Unis et le Pakistan, dont l'attitude ambiguë en matière de contre-terrorisme est plus qu'avérée.

«Il n'y a aucun doute que ben Laden a joui d'une forme ou une autre de soutien à l'intérieur du Pakistan», estimait alors le président américain, sans exclure la possibilité que cette aide soit venue de milieux officiels. «Si je n'ai pas prévenu à l'avance ma famille ni des assistants très proches à la Maison-Blanche, il est certain que je n'allais pas en parler à des gens que je ne connais pas», disait-il en outre (à Steve Kroft, de CBS).

Le fait est que, depuis, le Pakistan n'a livré aucune information substantielle à ce sujet... mais, en mai dernier, a condamné à 33 ans de prison un médecin, le docteur Shikal Afridi, qui avait assisté la CIA dans la traque d'Oussama ben Laden!

Quoi qu'il en soit, ce sont les historiens, et non les gens de cinéma, qui établiront un jour toute la vérité sur ce qui s'est passé entre 2001 et 2011.

Et ils retiendront sans doute cette tirade de Barack Obama, quelques jours après le raid: «Aussi nerveux étais-je au sujet de toute l'opération, la seule chose qui ne m'a pas empêché de dormir est la possibilité que ben Laden ne s'en tire pas vivant. Quiconque remet en question le fait que le responsable d'un tel massacre a mérité le sort qu'il a connu devrait se faire examiner la tête».

Avant de voir Zero Dark Thirty, ce sont les images du 11 septembre 2001 que chacun doit se projeter dans son petit cinéma intérieur.

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