J.R. est mort

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«Une théorie élaborée pour expliquer le succès extraordinaire de Dallas en Amérique et ailleurs veut que la saga des Ewing soit en réalité une allégorie de la saga des Kennedy», écrivait le Texas Monthly en 1986*.

 

 

 

 

 

 

 

 

De fait, des coups de feu seront tirés à Dallas sur John R. Ewing (épisode 54, mars 1980). Cinq ans plus tard, son frère Bobby sera tué -tout comme un autre Bobby, assassiné cinq ans après son frère, John F. Kennedy. Et la rumeur veut que les establishments texans aient fortement encouragé le projet de la chaîne CBS, le jugeant capable de rétablir l'honneur d'une ville salie par la tragédie du 22 novembre 1963.

Ça aura été une sorte de catharsis, donc? Peut-être. Le mensuel texan conclut: «Dans le monde réel, Dallas a donné à Dallas une nouvelle identité».

Quoi qu'il en soit, pendant tout l'été 1980, l'Amérique se demanda avec angoisse qui avait tiré sur J.R. Ewing. À l'automne, l'épisode destiné à éclaircir l'affaire fut regardé dans 76% des foyers américains ainsi que par 300 millions de téléspectateurs ailleurs dans le monde. C'est un record qui, dans ce genre télévisuel et en proportion de l'auditoire disponible, ne fut jamais battu.

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Il y a deux jours, Larry Hagman, l'acteur qui incarnait J.R. Ewing, est mort à Dallas à l'âge de 81 ans. Son visage était connu sur la planète entière. Son personnage, machiavélique, manipulateur, sans scrupules, coureur de jupons, aux yeux perçants et au sourire carnassier, était essentiellement celui qu'«on aimait détester». Il est d'ailleurs possible que l'expression ait été inventée pour lui...

Bien davantage que tout parallèle entre les dynasties Ewing et Kennedy, cette histoire d'amour avec la haine explique pourquoi Dallas a connu un tel succès.

Dans les chansons, on ne parle que du besoin d'aimer.

Mais, dans la vraie vie, la nécessité de trouver un objet vers lequel diriger les sentiments négatifs que tout être humain nourrit semble elle aussi impérative. Ce n'est pas un hasard si toutes les mythologies, religieuses ou associées à la culture populaire, font une large place à des êtres à honnir, démons divers ou noirs personnages parfois inspirés de situations réelles. Au Québec, pensons à Séraphin Poudrier ou à la belle-mère de la petite Aurore...

Le créateur de Dallas, David Jacobs, a d'ailleurs manipulé d'autres ressorts discrets de l'âme en situant l'action dans un monde réglé par le patriarcat, le pétrole, l'argent et le luxe. Un monde qui, dans les années 80, commençait à être décrit dans l'anti-catéchisme moderne alors en voie de rédaction comme un monde haïssable de dominateurs, de pollueurs, de profiteurs, de riches.

Le monde des «un pour cent», en somme. Ceux qu'aujourd'hui, on aime détester.

*Les 357 épisodes de Dallas ont été diffusés aux États-Unis entre 1978 et 1991 (à partir de 1981 au Québec). Une suite est à l'antenne de la chaîne TNT depuis juin dernier.

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