Câline de blues...

Mario Roy
La Presse

Nous entrons, disent les experts, dans la période de l'année la plus propice à la dépression. Cette période trouble culminera le troisième lundi de janvier, le 16, dans moins de dix jours. Ce sera le «Blue Monday». Le lundi du blues. Le lundi de la déprime, du spleen, de la mélancolie ou même de la neurasthénie, au choix.

Non mais! Est-ce assez déprimant?

Bien sûr, les experts disent souvent n'importe quoi, en ce domaine comme en d'autres. Mais Cliff Arnall, psychologue, est formel: ce lundi-là, on va en baver. Il a même bricolé une équation qui le prouve, une équation avec plein d'exposants, d'a + b = x, de parenthèses mystérieuses, de symboles obscurs et tout le fourbi. C'est sci-en-ti-fi-que. Et il serait malpoli de mentionner qu'au moment de cette démonstration, le bon docteur Arnall jouissait d'une commandite.

Celle d'un voyagiste vendant le soleil du Sud aux visages pâles et déprimés du Nord!

***

Malgré ce petit nuage gris dans le ciel de l'éthique, l'équation, elle, demeure.

Nul besoin de prendre connaissance de son libellé, il faut juste retenir qu'elle tient compte de la météo; du temps écoulé depuis Noël; de la dette personnelle en date du 2 janvier (plus les intérêts courus); de l'abandon précoce des bonnes résolutions; du manque général de motivation; du besoin non assouvi de bouger.

Arnall est rattaché à l'Université de Cardiff, au pays de Galles, mais on jurerait qu'il a toujours vécu au Québec. En janvier à tout le moins.

La météo, qu'il évoque en tout premier lieu, suffit en effet à elle seule à fabriquer des mégatonnes de déprime pure laine. Les Québécois ne le cachent plus: ils haguissent l'hiver. Lorsqu'il est doux et peu neigeux, c'est toujours ça de gagné. La faute au réchauffement? Parfait! Alors, on s'achète une demi-douzaine de Hummer et on laisse tourner les moteurs 24/7!

La dette personnelle post-festivités (plus les intérêts courus), c'est la Grèce à usage personnel. C'est l'Italie, mais sans Berlusconi pour rigoler. C'est la catastrophe réitérée chaque année sans sourciller. Quelqu'un a dit un jour qu'avoir de l'expérience consiste à savoir qu'on fait une gaffe au moment où on refait exactement la même une deuxième, une troisième, une quatrième fois...

Quant à l'abandon des résolutions; au manque de motivation et à l'incapacité de bouger, tout cela tient à la faiblesse morale qui est à la fois une cause et un effet de la déprime de janvier.

Des remèdes? Un seul est à 100% efficace: se pousser de la météo, rire au nez de la dette et assumer ses faiblesses dans la joie et la farniente. C'est le remède du bon docteur Arnall: voir un voyagiste vendant le soleil du Sud aux visages pâles et déprimés du Nord.

Et répéter au besoin.




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