Une recherche pas assez publique

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La recherche financée par le public doit servir réellement l'intérêt public, au lieu de servir à enrichir démesurément les actionnaires de maisons d'édition scientifiques.

ARCHIVES, LA TRIBUNE

Judith Lachapelle

Judith Lachapelle
La Presse

C'est un cercle vicieux qu'il faut briser. Les chercheurs, dont les travaux sont financés par des fonds publics, veulent publier leurs résultats dans les revues scientifiques prestigieuses. Les éditeurs, qui détiennent les droits de publication, revendent ensuite à fort prix aux universités l'accès aux travaux de leurs propres chercheurs. Des coûts qui augmentent en moyenne de 8% chaque année...

Pas étonnant que le plus important éditeur privé de revues scientifiques, le hollandais Elsevier, ait généré des profits de plus de 1 milliard l'an dernier, en bonne partie grâce à de l'argent public!

La Grande-Bretagne a décidé cette semaine de corriger une aberration devenue de plus en plus gênante à entretenir. Désormais, les résultats des travaux de recherche financés par l'État devront être accessibles publiquement et gratuitement à la communauté scientifique mondiale.

Avant la Grande-Bretagne, 11 000 universitaires dans le monde ont signé ce printemps une pétition pour boycotter Elsevier. L'université américaine de Harvard a annoncé dans la foulée qu'elle encouragera dorénavant l'accessibilité libre et gratuite aux travaux de recherche et appelle ses chercheurs à se désabonner des publications qui n'adhèrent pas au principe. Harvard disait ne plus pouvoir s'offrir l'augmentation délirante des coûts d'abonnements à ces revues spécialisées.

Si Harvard n'a plus les moyens de suivre la cadence, imaginons les autres...

Les bibliothèques des universités québécoises consacrent 35 millions de dollars par an pour les abonnements électronique des revues scientifiques. Mais il n'y a pas de mot d'ordre national, ni provincial, pour faire en sorte que les contribuables ne paient pas deux fois pour obtenir les résultats d'une recherche.

Une exception notable: l'Université Concordia. L'institution montréalaise a pris des mesures concrètes pour rendre accessibles les travaux de ses chercheurs. Par exemple: l'Université paie pour faire réviser et publier des travaux uniquement dans des revues qui autorisent ensuite l'accès libre et gratuit aux archives. Pour publier dans les revues prestigieuses aux coûts d'abonnements gourmands (que ce soit la réputée Nature ou l'ultraspécialisée Brain Research), les chercheurs de Concordia devront puiser dans leurs propres budgets de recherche pour rendre leurs travaux accessibles à tous.

Concordia ne vise pas faire des économies. Elle vise surtout, dit le bibliothécaire en chef Gerald Beasley, faire plus et faire mieux avec le budget limité de 3 millions de dollars dont elle dispose pour l'accès aux articles scientifiques du monde entier.

C'est un début. Les autres universités et les gouvernements doivent s'en inspirer pour que la recherche financée par le public serve réellement l'intérêt public, au lieu de servir à enrichir démesurément les actionnaires de maisons d'édition scientifiques...

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