Le faiseur de présidents

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«Laissons Detroit faire faillite.» Ce titre qui coiffe un texte d'opinion de Mitt Romney publié dans le New York Times en novembre 2008 revient hanter le candidat républicain quatre ans plus tard. Il aurait raison de regretter amèrement cette déclaration aujourd'hui, car elle pourrait ultimement lui coûter la victoire en Ohio... et l'empêcher de devenir président des États-Unis.

L'Ohio n'est pas qu'un État parmi les 50 de notre voisin au sud de la frontière. Historiquement, la route vers la Maison-Blanche passe systématiquement par l'Ohio. À l'élection présidentielle, la clé n'est pas de remporter la pluralité du vote populaire à travers le pays, mais bien la majorité des 538 grands électeurs répartis selon le poids démographique de chaque État. Et l'Ohio a un flair pour le pouvoir: il est le seul État ayant voté pour le vainqueur depuis 1964. Sans son appui, aucun républicain n'a d'ailleurs été élu président.

L'élection de 2012 ne devrait pas faire exception. À la rigueur, Barack Obama pourrait se passer des 18 votes électoraux de l'Ohio et décrocher un second mandat par la peau des dents. Mais Mitt Romney, non. Comme toujours, les sondages annoncent des résultats extrêmement serrés dans cet État du Midwest reconnu comme un faiseur de présidents.

L'importance de l'Ohio se mesure à l'énergie que les deux camps mettent à courtiser les électeurs. Les deux candidats présidentiels, tout comme leurs colistiers, y ont fait campagne des dizaines de fois ces dernières semaines et presque 200 millions y ont été dépensés en publicité télévisée.

Même s'il a effacé l'écart qui le sépare de M. Obama à l'échelle nationale, M. Romney n'a jamais réussi à devancer son adversaire démocrate en Ohio jusqu'à présent. Malgré sa prestation dévastatrice au premier débat, M. Obama maintient une priorité d'environ 2 %.

***

Ce qui nous amène à l'industrie automobile. Un emploi sur huit en dépend en Ohio. Bien qu'une frange importante d'Américains soit culturellement allergique à l'intervention du «Big Government» dans l'entreprise privée, on peut comprendre que le sauvetage de GM et Chrysler par l'administration Obama en 2009 a été bien accueilli par les travailleurs de l'Ohio. Ils se sentent redevables à un président qui, seul, sans le Congrès, a rescapé ce fleuron emblématique de la suprématie économique des États-Unis dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Résultat: l'Ohio, habituellement le microcosme américain par excellence, a bénéficié d'une relance économique qui ne reflète pas la fragilité continentale. Son taux de chômage, à 7 %, est presque d'un point de pourcentage inférieur à la moyenne nationale.

Mitt Romney a beau scander que les États-Unis ne peuvent se permettre un «autre quatre ans» sous la gouverne de Barack Obama, sa complainte a plus de mal à trouver écho en Ohio. Et comble de malheur, le candidat républicain a peine à expliquer comment il y a quatre ans, dans le New York Times, il s'est opposé à une aide gouvernementale à l'industrie automobile alors que les banques se montraient frileuses à consentir des prêts en pleine crise financière.

Conclusion: en ayant sauvé l'industrie automobile en 2009, Barack Obama pourrait avoir sauvé sa présidence en 2012.

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