Un devoir moral

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Jean-Pascal Beaupré
La Presse

Les Américains souffrent, les Européens en arrachent, les Chinois rament fort pour sauver les meubles. Mais les plus grandes victimes de la récession mondiale sont indéniablement les habitants des pays en voie de développement. Ceux dont on entend parler le moins.

Ces nations ressemblent à un boxeur dans les câbles qui essuie une pluie de coups. Effondrement des exportations, dégringolade du prix des ressources, retrait massif des investissements étrangers, assèchement du crédit, tous les ingrédients du K.-O. sont réunis. Et, contrairement aux pays nantis, ils n'ont pas les moyens de financer leur plan de relance.

 

Leur désarroi avait pris une tournure encore plus dramatique avec l'aveu d'impuissance du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, qui sont habituellement les bailleurs de fonds de ces États fragiles: les deux organisations ne disposaient pas des fonds nécessaires pour leur lancer une bouée de sauvetage.

On estime à 700 milliards la somme qu'il faudrait injecter aux quatre coins de la planète pour secourir ces pays de l'Amérique latine, de l'Europe centrale, de l'Asie et de l'Afrique, qui ont vu les investisseurs privés retirer leurs billes depuis 2007.

En désespoir de cause, le FMI et la Banque mondiale se sont tournés vers les pays développés et les ont suppliés de verser 0,7% de leur plan de relance dans un «fonds de vulnérabilité», qui serait destiné aux nations en voie de développement. Le prix Nobel d'économie en 2001, Joseph Stiglitz, devait formuler une demande en ce sens aux ministres des Finances du G20 réunis ce week-end. Sans quantifier leur aide, le G20 a entendu leur appel et accepté de tendre la main aux pays les plus pauvres.

Par ses excès d'opulence, l'Occident est coupable au premier chef de la déconfiture de l'économie planétaire. Les pays nantis ne pouvaient abandonner les plus faibles, qu'ils ont plongés dans la dèche après avoir profité de leur main-d'oeuvre bon marché. Allonger 70 000$ pour chaque million investi dans la reprise, ce serait bien peu payer pour étouffer leurs remords, s'ils en éprouvent.

Ce n'est pas tout. L'appauvrissement économique est un terreau fertile pour la montée de l'instabilité politique et des tensions sociales dans les pays défavorisés. Le travailleur qui vient de perdre l'emploi qui l'a extirpé de l'extrême pauvreté peut être animé d'un sentiment de révolte face à son gouvernement. Si les États riches espèrent continuer de faire fructifier leurs affaires dans un climat serein dans les nations en voie de développement, elles ont intérêt à tendre la main pour apaiser la colère de leurs habitants.

Au-delà de la solidarité dont ils doivent faire preuve, les pays industrialisés ont le devoir moral de consacrer aux économies émergentes une partie des sommes qu'ils ont investies dans leur propre fonds de dépannage.

Le Canada est le moins touché des plus nantis: il devrait ouvrir la voie à ses grands frères du G8. On souhaite que Jim Flaherty ait profité du sommet préparatoire des ministres du G20 pour convaincre ses collègues d'appuyer une telle initiative. Le Canada gagnerait à saisir toute occasion de se démarquer à cette immense table internationale à laquelle il semble destiné à jouer un rôle de figurant.

 




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