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Si le secteur de la santé est mis... (Photo Olivier PontBriand, archives La Presse)

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Si le secteur de la santé est mis à la diète, c'est qu'il a eu droit à un buffet à volonté au cours des dix années précédentes.

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André Pratte
La Presse

La faible croissance des dépenses en santé annoncée par le budget Leitao a été vertement dénoncée. Pour la Fédération interprofessionnelle de la santé, il s'agit d'une «catastrophe pour les patients», d'un «charcutage des soins de santé». La CSN parle d'«hécatombe». L'Association des retraités, de «régime sec». Ces images exagèrent grossièrement la réalité.

Oui, le coup de frein est brusque; contrairement à ce que prétend le ministre de la Santé, les services à la population s'en ressentiront. Cependant, si le secteur de la santé est mis à la diète pour deux ou trois ans, c'est qu'il a eu droit à un buffet à volonté au cours des dix années précédentes.

En 2014, le gouvernement du Québec a dépensé 30 milliards pour les services de santé. C'est 13,7 milliards de plus qu'en 2002. Pourtant, les urgences débordent toujours, des centaines de personnes attendent une chirurgie depuis plus de six mois, les places manquent cruellement pour l'hébergement des personnes âgées et il demeure pratiquement impossible de voir un médecin de famille la fin de semaine. Où sont allés les 13,7 milliards?

L'inflation? L'indice des prix à la consommation a grimpé de 23% de 2002 à 2014; la hausse des dépenses publiques de santé a été quatre fois plus rapide (84%).

Le vieillissement de la population? Le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans a augmenté, bien entendu, mais de 40%, pas de 84%. Autant les gestionnaires que les représentants syndicaux expliquent la montée vertigineuse des dépenses par les «coûts de système». Ils ont le dos large, les coûts de système. Car qui dit «coûts de système» dit «dépenses impossibles à comprimer». En santé, ces dépenses imposées croîtraient de 4,5% ou de 5% par année. Or, souligne-t-on, cette année, les dépenses en santé augmenteront d'à peine 1,4%. Les hausses prévues pour les deux années suivantes sont de 1,9% et 2,9%.

Cependant, contrairement à ce qu'on veut nous faire croire, les «coûts de système» ne sont pas incompressibles. Bien sûr, la population vieillit. Oui, les employés grimpent dans les échelons salariaux. Mais les augmentations de dépenses sont aussi dues aux choix faits par le gouvernement et par les acteurs du réseau. Lorsque Québec a mis en place l'assurance-médicaments la plus généreuse du continent, quand les médecins ont exigé d'importantes hausses de rémunération, leurs choix ont coûté des milliards, année après année. Des milliards qui n'ont pu être consacrés à d'autres fonctions du réseau de la santé.

«Coûts de système» ou pas, le gouvernement ne pouvait plus laisser croître les dépenses de santé plus rapidement que ses revenus. Le coup de frein donné, la croissance pourra reprendre, à un rythme soutenable (espérons-le). Reste à savoir si cet argent permettra d'améliorer l'accessibilité aux soins... ou s'il sera englouti par le système et ses lobbys.

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