L'arme démagogique

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Il suffit d'un bout de phrase malhabile pour soulever une tempête.

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André Pratte
La Presse

Stephen Harper a qualifié hier de «parfaitement ridicule» l'interprétation de ses propos au sujet de la possession d'armes à feu dans les régions rurales. «Personne ici ne suggère que les propriétaires d'armes à feu devraient pouvoir se faire justice eux-mêmes», a dit le premier ministre. M. Harper a raison: la controverse n'avait pas lieu d'être.

Le phénomène est typique du cirque politico-médiatique d'aujourd'hui: il suffit d'un bout de phrase malhabile pour soulever une tempête. Et on se désole ensuite que les politiciens s'efforcent de contrôler le message.

Voyons ce que le chef conservateur a dit jeudi dernier, lors de son passage à Saskatoon. Interrogé sur ses intentions en matière de contrôle des armes, M. Harper a répondu longuement. Il a fait remarquer que sous sa gouverne, le Code criminel a été modifié afin de rendre plus sévères les peines pour possession et utilisation illégales d'armes à feu. Il a aussi souligné qu'au Canada, «la propriété d'une arme à feu entraîne des responsabilités substantielles».

À la fin de cet exposé, le premier ministre a rappelé qu'à la campagne, les armes d'épaule sont «un outil pour que les gens puissent gagner leur vie». «Ma femme vient d'une région rurale, a raconté M. Harper. Les armes à feu ne servaient pas seulement aux activités de la ferme, mais aussi pour avoir un certain niveau de sécurité lorsqu'une aide policière immédiate n'est pas immédiatement accessible.»

Remarquez que le chef du gouvernement parlait au passé; il décrivait la campagne d'autrefois. D'ailleurs, les journalistes présents n'ont rien vu d'important dans sa déclaration. Si le passage du chef conservateur dans les Prairies a été abondamment couvert par les médias locaux, ce qu'il a dit sur les armes à feu est passé inaperçu. Mais quand les libéraux et les néo-démocrates en ont eu vent, l'imparfait est devenu présent et les souvenirs de Mme Harper ont été transformés en projet gouvernemental.

Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'opposition déforme les déclarations du premier ministre. Mais l'Assemblée nationale du Québec? Les députés ont voté unanimement la motion suivante: «Que l'Assemblée nationale affirme que l'assouplissement des motifs permettant l'utilisation d'armes à feu pour l'autodéfense, idée avancée par le premier ministre du Canada, n'est pas souhaité par la population québécoise et va à l'encontre de ses valeurs.» Or, M. Harper n'a jamais «avancé» une telle idée, qui va contre ses propres valeurs.

Hier, le premier ministre a déploré l'interprétation démagogique faite de sa déclaration. M. Harper est très mal placé pour s'en plaindre. Le Parti conservateur a exploité jusqu'à plus soif les enjeux de sécurité publique. C'est ce qu'a voulu faire vendredi la directrice de la campagne nationale de la formation, exagérant elle-même la portée des propos de son chef afin de stimuler ses troupes. Celui qui vit par la démagogie périra par la démagogie.

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