La peine de mort

Stephen Harper passera à l'histoire comme le premier... (Photo Chris Wattie, Reuters)

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Stephen Harper passera à l'histoire comme le premier ministre qui a rétabli la peine de mort au Canada. Sans le dire. Mais c'est bien de cela qu'il s'agit.

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André Pratte
La Presse

Stephen Harper passera à l'histoire comme le premier ministre qui a rétabli la peine de mort au Canada. Sans le dire. Mais c'est bien de cela qu'il s'agit.

En vertu du projet de loi dont le chef conservateur a annoncé les grandes lignes mercredi, une personne reconnue coupable d'un meurtre particulièrement odieux sera automatiquement emprisonnée jusqu'à la fin de ses jours. Aucune possibilité de libération conditionnelle. Jamais. Peu importe les circonstances du crime.

Imaginons un Canadien de 20 ans, radicalisé par le biais de l'internet, qui tue un policier pour des motifs politiques. Une fois le Code criminel modifié, ce jeune sera détenu jusqu'à la fin de ses jours. Et si en vieillissant, il réalise la gravité de son geste? S'il a des remords sincères? Rien à faire: il mourra en cellule, après y avoir passé 60, 70 ans. «La prison à perpétuité est une peine de mort cachée», a dit le pape François.

On connaît les tactiques malhonnêtes de ce gouvernement. Première étape: caricaturer la réalité pour faire peur au monde. «Les libérations conditionnelles ne devraient pas être accordées automatiquement», affirme le Parti conservateur. C'est un mensonge grossier: les libérations conditionnelles ne sont pas automatiques. Les tribunaux et la Commission des libérations conditionnelles du Canada ont tous les outils en main pour s'assurer que les meurtriers restent derrière les barreaux bien au-delà de la peine minimale de 25 ans, s'ils représentent toujours une menace.

Deuxième étape de la désinformation: une fois le faux problème monté en épingle, annoncer la mesure la plus dure possible. Peu importe les droits fondamentaux des Canadiens. Peu importe l'inutilité démontrée d'une telle mesure. Quant aux individus concernés, qu'ils crèvent!

Alerté par ses juristes des risques qu'un tel projet de loi soit rejeté par les tribunaux, le gouvernement a ouvert une minuscule porte, pour la forme. Après 35 ans derrière les barreaux, un détenu soumis à ce nouveau régime pourra supplier le ministre de la Sécurité publique de le libérer en raison de «circonstances exceptionnelles».

Selon le premier ministre, le projet de loi permettra «d'aligner l'approche judiciaire du Canada sur celle des pays comme le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, les États-Unis et l'Australie». Faux. Laissons de côté les États-Unis, dont le modèle est le pire qui soit. Au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande, il revient au juge de décider si, compte tenu des circonstances de chaque cas, un meurtrier doit être emprisonné sans possibilité de libération. C'est également le cas dans cinq des six États de la fédération australienne.

Ce n'est pas la sécurité publique que les conservateurs veulent assurer, mais leur réélection. La preuve est venue quelques heures après l'annonce de M. Harper. Il s'agit d'un courriel envoyé par le parti d'un bout à l'autre du pays, avec pour titre: «Des meurtriers dans votre quartier?» La suite laisse pantois: «Nous pouvons protéger les familles canadiennes seulement si nous gagnons la prochaine élection, et nous avons besoin d'argent pour y parvenir - contribuez 15$ dès aujourd'hui.»

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