Quand l'austérité marche

Après avoir emprunté 85 milliards d'euros en échange... (PHOTO DANIEL ROLAND, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE)

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Après avoir emprunté 85 milliards d'euros en échange de l'assainissement des finances étatiques et de réformes du système bancaire et du marché du travail, l'Irlande a vu son taux de chômage diminuer, rappelle notre éditorialiste.

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André Pratte
La Presse

Les opposants à l'austérité ont cité les difficultés économiques de certains pays européens - Royaume-Uni, Irlande, Espagne, Grèce - comme autant de preuves de l'échec de cette politique. Depuis peu, les deux premiers pays ont disparu de la liste des pièces à conviction. Tiens, tiens...

Au Royaume-Uni, le gouvernement de David Cameron a freiné la croissance des dépenses publiques à l'aide de compressions de 99 milliards de livres (190 milliards canadiens). Londres a aussi mis en place des réformes controversées, visant notamment à limiter l'augmentation des coûts de l'assistance sociale. Or, selon les données publiées cette semaine, la Grande-Bretagne a créé 600 000 emplois au cours de la dernière année. Le taux de chômage a baissé à 5,7 %, le niveau d'avant la crise.

L'Irlande a été un des pays les plus durement touchés par la récession de 2008-2009. À la suite de l'éclatement de la bulle immobilière, le système bancaire du pays s'est effondré. En 2010, Dublin a dû demander l'aide de la « troïka » (Commission européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). En retour de prêts de 85 milliards d'euros (120 milliards canadiens), ces créanciers ont exigé l'assainissement des finances étatiques et des réformes du système bancaire et du marché du travail. Pourtant, malgré une baisse des dépenses publiques de plusieurs milliards, l'économie a repris du poil de la bête. Dépassant 15 % il y a trois ans, le taux de chômage vient de glisser sous les 11 %.

N'oublions pas que l'Allemagne, championne toute catégorie de l'austérité, est l'économie la plus puissante du continent. À l'opposé, en France, les dépenses publiques continuent de croître. Cela n'a pas les effets escomptés par les anti-austérité, le chômage demeurant obstinément au-dessus de 10 %.

***

Tout cela ne signifie pas que l'austérité conduit toujours à la prospérité. Cependant, ces exemples démontrent qu'un grand ménage dans les politiques publiques ne produit pas inévitablement le marasme. Tout dépend de la vitalité sous-jacente de l'économie, de la solidité des institutions et de l'efficacité du système fiscal du pays concerné. Si le Royaume-Uni et l'Irlande ont pu retomber sur leurs pieds, ce n'est pas à cause des mesures d'austérité, mais en raison des forces inhérentes de leur économie. La Grèce et l'Espagne, au contraire, souffraient depuis longtemps de problèmes structurels profonds. C'est ce qui les a rendues particulièrement vulnérables à la crise.

Au Canada comme ailleurs, l'austérité devrait être une politique permanente. C'est-à-dire que les gouvernements devraient toujours s'efforcer de maîtriser la croissance de leurs dépenses et de favoriser une économie souple et innovatrice. Les pays qui ont le courage et la discipline d'emprunter cette voie seront beaucoup mieux armés le jour où surviendra le prochain choc.

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