Laissez parler l'imam

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«Le gouvernement prendra des mesures pour se débarrasser de ceux qui distribuent ces circulaires. Celles-ci ne sont pas seulement blessantes pour le Québec et sa population, mais sont diffamatoires et séditieuses. Cette propagande ne peut être tolérée.» 

- Maurice Duplessis, 4 décembre 1946, au sujet des Témoins de Jéhovah

Vendredi soir, le Collège de Rosemont a suspendu le contrat de location en vertu duquel une école musulmane utilisait ses locaux. Cette décision fait suite à un reportage du réseau TVA. Les journalistes ont découvert, sur le site internet de l'école en question, de nombreux liens vers «des écrits radicaux, même salafistes».

Dans ces textes, on trouve des passages critiques des écoles laïques, qualifiées de «pièges» et de «plus grands des maux». Devant l'inévitable controverse, la direction du collège a choisi de se donner le temps de faire enquête avant de statuer sur le sort définitif de l'école.

Cette affaire rappelle la décision de l'arrondissement  Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, qui aura pour effet d'empêcher l'imam Hamza Chaoui d'enseigner sa vision rigoriste du Coran dans un centre communautaire du quartier. Dans les deux cas, les responsables ont agi à la vitesse de la lumière sur la base de quelques citations rapportées par les médias.

Pour ce qui est de l'école El Forkane, les propos dénigrant les écoles laïques ne viennent pas de l'établissement lui-même mais de sites externes. De toute façon, il n'y a rien là qui appelle ou qui menace l'ordre public. Le Collège voit les choses sous un autre angle: une maison d'enseignement non-confessionnelle peut-elle autoriser qu'un de ses locataires propage des critiques virulentes de l'école laïque?

En ce qui a trait à l'imam Chaoui, dans les dizaines de textes publiés sur sa page Facebook, deux passages sont méprisants envers les femmes et les homosexuels. Le reste relève d'une interprétation ultra-conservatrice de l'islam. Ici non plus, pas d'appel au terrorisme ou à la haine. Telle n'est pas la question, disent les maires Ménard et Coderre; pour bloquer la route à l'imam, ils invoquent des motifs de «sécurité», refusant d'en dire plus.

Sous réserve d'informations supplémentaires, il nous apparaît injustifié de chasser ces deux personnes de lieux publics. Est-ce la peur de la radicalisation qui fait réagir nos dirigeants si promptement, ou est-ce celle de la controverse? Ce n'est pas de l'islamophobie, mais c'est peut-être de l'islamo-panique.

À Québec, le gouvernement comme l'opposition ont applaudi la décision de Montréal, insistant sur la nécessité de protéger les «valeurs québécoises». «Mon souhait c'est qu'on n'ait pas de place où on peut véhiculer ces concepts», a expliqué la ministre de l'Immigration, Kathleen Weil.

Il s'agit donc de faire taire ceux qui s'opposent à nos «valeurs». Ce faisant, nos gouvernants adoptent le même raisonnement que Maurice Duplessis contre les Témoins de Jéhovah. Les valeurs ont changé, la méthode diffère, mais l'objectif est identique et tout aussi déplorable.

Cette politique est vouée à l'échec. À la suite de la décision de la Ville, Hamza Chaoui est devenu persona non grata. Régis Labaume a déjà annoncé qu'en son royaume, «on va s'organiser pour qu'il ne puisse pas s'installer.»

Par conséquent, Chaoui devra prêcher dans la clandestinité. Les risques de radicalisation n'en seront pas diminués, au contraire. Et il sera beaucoup plus compliqué d'avoir à l'oeil l'homme et ses fidèles.

Si la chasse aux terroristes est essentielle, celle aux imams est inutile et néfaste. Nos valeurs sont bien plus solides que ne semblent le croire les Québécois. Elles résisteront sans mal aux chiquenaudes de quelques religieux conservateurs, qu'ils soient musulmans, juifs, témoins ou... catholiques.

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